47 ° 9 *Avril.
400 Journal des Observations“ appeller ses enfans ; il les exhorca à vivre dans la craintedu Seigneur , 8c défendit à ses valets de ne laisser en-trer dans fa chambre que son Confesseur 6c son Méde-cin. 11 passa huit jours dans la Priere , fans faire atten-tion à íes douleurs ; enfin entièrement abandonné à lamiséricorde du Seigneur, il rendit l’esprit, laissant tousses sujets dans la^lerniere consternation.
xi. Avril.
Le matin , sortant de l’Eglise des Peres de S. Fran-çois , où j’avois dit la sainte Messe, je rencontrai à laporte un Chevalier de l’Ordre de S. Jago. Comme il re-connut que j’étoisétranger, il me demanda , si j’avoìs be-soin de quelque chose, en me mettant dans la main deuxpiastres. J’étois déja instruit , que parmy les Espagnolsc’étoit leur faire un affront que de refuser ce qu’ils pré-sentent i ainsi je les reçus avec action de grâce -, j’allaidelà chercher une voiture pour transporter mes bardesà Lima. L’après-midy, comme je me disposois à partir,le Chevalier se présenta une seconde fois ; il demandasecrètement au charretier le prix dont il étoit convenuavec moy jusques à Lima ; celuy-cy luy répondit quec’étoit huit piastres; il les luy donna fur le champ, luydéfendant fort rigoureusement de rien recevoir de moy,6c même ne dire qu’il étoit payé qu’à nôtre arrivéeà Lima ; le Chevalier disparut ensuite.
J’arrivai à Lima le soir, 8c donnai ordre à un de nosFreres de compter huit piastres au charretier , mais illes refusa, 8c me déclara , que le Chevalier que j’avoisvû le matin, l’avoit payé , avec de grandes défenses derecevoir de moy la moindre chose. Surpris d’une géné-rosité si extraordinaire, je m’informai quel étoit ce Che-valier; on me dit qu’il s’appelloit Lucas Bergare, qu’ilétoit cette année-là premier Alcarde de Lima , c’est-à-dire en nôtre langue premier Consul. Deux jours aprèsje sçûs qu’il étoit de retour de Callae , j’allai çhez luy leremercier ; mais bien-loin que ces bontez pour moy seterminassent-là, je ressentis le reste du temps que je de-