3. me ÂGE
DU MONDE.
FRANCE
moderne.
i y S Discours
superbes, contre lesquelles les efforts des fleuves les plusrapides vont se briser, des ponts solides & hardis; mais toutecette magnificence, dirigée à futilité publique, ne f empêchepas de sentir tout ce que ces immenses travaux ont coûté desueurs & de peines aux habitans des campagnes (gj. Si
(g) Quand on fait attention à Immensité des travaux publics qui ont étéfaits en France fous les deux règnes précédens, on est étonné qu’un espacede cent trente ans, agité de guerres longues «Sc infiniment coûteuses, aitpermis de s’en occuper & de les porter au point où on les voit; mais ì’éton-nement redouble lorfqu’on vient à considérer que ces travaux énormes fontíe fruit gratuit des sueurs des malheureux arrachés aux labeurs de l'agriculture& de la reproduction: usage cruel, qui n’a pu prendre sa source que dansdes temps aussi barbares que lui-même; c’est-à-dire, dans ceux de l’anarchieféodale, où des Seigneurs, perpétuellement conjurés les uns contre les autres,donnoient asile aux gens de la campagne dans ces temps de calamité; mais lacause a cessé, & l’on a laissé subsister l’efíèt.
II est constant qu’ií n’est point de charges publiques plus onéreuses auxpeuples, & plus destructives de l’agri culture, la première source de l’opulence& de la félicité des Nations.
Des Magistrats éclairés & bien intentionnés, fe font particulièrement occupésde cet objet ; M. de Fontette dans la généralité de Caen, & M. Turgot dans celledu Limousin : mais plus ils ont approfondi la matière, plus ils fe sont convaincusque les corvées font l’impôt qui pèse le plus, & le plus inégalement, furles sujets, en ce qu’il porte presque tout entier sur le cultivateur & lemanouvrier.
C’est mal-à-propos que les Subdélégués prétendent qu’on n’exige ces sortesde travaux que dans les faisons où l’on est le moins occupé de ceux de laculture des terres; mais voyons quel temps on peut saisir dans l’année fansfaire un très-grand tort aux habitans de la campagne. Sera-ce du i, cr Marsau i.“Novembre,ou de cette époque au i. cr Mars suivant: nous allons prouverque dans l’un & l’autre cas, les corvées ne font pas moins onéreuses?
C’est au commencement de Mars qu’on travaille à semer les menus grains,telles que l’avoine, forge, les pois, les fèves, la veíce, les lentilles, le blé deTurquie, le lin, le chanvre, &c. Ce travail remplit les deux mois de Mars &d’Avril. Suivent les premiers labours pour rompre les jachères, pour voiturerles engrais, ce qui conduit au temps de la fauchaison que fuit immédiatementla moisson, à laquelle succèdent fans interruption les travaux de la femaille desseigles, méteils & fromens, qui remplissent les mois de Septembre & Octobre;ce cercle de travaux occupe le cultivateur sept mois de satinée : les cinq autres