<304 Voyage en Sibérie*
sur une distance de 110 lieues environ. Ce plan s’éleveensuítô vers
le Midi, & s’approche du niveau de la mer vers le Nord.
CCCLXXIII. Cette division est conforme, à quelques égards,à l’idée que les Voyageurs qui m'ont précédé , ont eue du ter reinde la Ruísie. Ils ont tous reconnu qu’il s’élevoit en approchant desmonts Poïas ; mais ils ont tous supposé qu’il s’élevoit de même àl’Est de ces montagnes : &c en attribuant une grande hauteur à cesdifférents plans, ils nous ont représenté cette Contrée comme lapartie la plus élevée de toute l’Europe. D’après mon nivellement,non-seulement ces différents plans font médiocrement élevés, maisencore le terrein , au - lieu de s'élever à l’Est des monts Poyas,s’abaiffe au contraire fur une distance de près de cent vingt lieues ;8c le niveau du terrein n’est àTobolsk que de 68 toises au-dessusdu niveau de la mer ; ce qui nous donne une idée bien différentede celle des Vovageurs mes prédécesseurs : leur autorité & celle desPhysiciens qui ont adopté cette opinion, est cependant si respecta-ble , que j ai cru devoir ajouter quelques réflexions à celles que j’aidéja rapportées.
Quoique l’opinion de tous les Voyageurs n’eût pour base au-cune observation publiée dans leurs Ouvrages , cependant l’accordde leur relation, à cet égard, avoir établi un si grand préjugé enfaveur de cette opinion, que j’étois persuadé que cette partie de laRuísie étoit prodigieusement élevée ; de sorte qu’ayant reconnu ,en réduisant mes observations, que mes résultats éoient absolu-ment opposés a l’opinion reçue , je rejettois cette différence fur mesobservations ; je me faisois illusion fur tout ce qui étoit en leur fa-veur. L/erreur étoit pour moi une source de plaisir ; la vérité par-loir en vain , jetois sourd à sa voix ; mais elle conserva savantagede jetter tant d’amertume & de dégoût sur ce travail de plus dedeux mois, que j'a vois renoncé à publier cette partie de mon voyage,8c au baromètre pour toujours. Je repris cependant ce travail après