xxxviij DISCOURS HISTORIQUE
« Les fleuves en entrant dans les autres y occa*« sionnentdes crues d’autant plus considérables, que« les eaux de ceux-ci sont plus basses.
« Les plus grandes crues dans, le même fleuve, ob-« servées dans le même lieu, sont plus rapides que« celles qui sont moins considérables. Le contraire« arrive pourtant quelquefois; c’est-à-dire qu’il ne faut« pas juger de la grandeur de la crue par la hauteur« des eaux, mais bien par leur vitesse.
« Les fleuves ne s’élèvent pas à proportion de la« quantité d’eau qu’ils reçoivent. Un petit fleuve peut« entrer dans un grand sans augmenter sa largeur, ni« même sa hauteur. Ce paradoxe apparent est fondé« sur ce qu’il est possible que le petit n’ait fait que« rendre coulantes dans le grand les eaux des bords« qui ne l’étoient point, et augmenter la vitesse du fil,« le tout dans la même proportion qu’il a augmenté la« quantité de l’eau. Le bras du Pô de Venise a absorbé« le bras de Ferrare et celui de Panaro sans aucun élar-« gissement de son lit. Il faut raisonner de même à« proportion de toutes les crues qui surviennent aux« rivières, et, en général, de toute nouvelle augmen-te tation d’eau qui accroît aussi la vitesse.
« Les crues des fleuves sont occasionnées non seu-« lement par les pluies et les fontes de neige, mais en-« core par les eaux des gouffres qui existent dans le« sein de la terre.
» Il arrive que les grandes crues occasionnent des« dépôts dans le lit des fleuves* et les dépôts formés au