z6o Voiage du Monde.
Deux mois après mon retour du monde deDescartes, comme j’attendois de jour en jourdes nouvelles de ce pays là, j’eus pendant touteune nuit une de ces insomnies, qui sont d’au-tant plus incommodes, qu'on n'est ni tout à faitendormi, ni tout à fait éveillé , qn’on a allerde réflexion pour sentir son inquiétude , & pasaller pour prendre les moyens de s’en retirer.Mon imagination étoit occupée de cent idéesconfuses Sc embrouillées. Tout ce que j’avoisde Philosophie dans la teste sembloit être en 'mouvement. Sc se presentoit à mou esprit dansun embaras effroyable. Les efforts qu'il faisoiten vain pour démeíler quelque chose dans cecahos furent ft grands, & fa contention si éxtrê-me, que le matin en me levantj'en avoisla testecassée. Je ne fus pas plutôt habillé que j’allaià mon cabinet prendre du tabac ordinaire pourme décharger un peu le cerveau, (car vous pou-vez croire que je réemployois pas ì cet usageceluy de Monsieur Delcartes ( mais comme jeles avois mis l’unproche de faunes, je m’ap-perçus que k tabatière, dont mon vieillard m’a-voit fait présent, n’y étoit plus. Vous vousima- ;ginez aisément quelle fut ma surprise & monchagrin. Je regarda/ , & j'examinay la serrure Ide farmoire, il ne me parut pas qu’on y eust jtouché. Je n’avois confié ma clef à personne ,
& je ne sçavois à qui m’en prendre.
Je fus encore deux mois dans cette incertitu-de, Sc fans pouvoir faire tomber mes soupçonsfur qui que ce fust : mais enfin quand je visquatre mois paflèz fans que j’entendisse parlerde Mr Descartes, fans voir personne de sa part ,& que ce vieillard Cartésien jusqu’alors monintime amy ne faisoit nulle réponse ' à plusieurslettres que je luy écrivis coup fur coup , où je