ioS Essais
ries entieres ne faifoient qu’épaiffir les eaux,& lailîòient nue la roche qui leur servait debase ; les troupeaux effrayés , s’efforçoient degravir les montagnes ; mais renversés par lesarbres détachés de leur sommet, ils grohis-saient les débris qui allaient annoncer au loinla désolation. Les cadavres sortant d’un cime-tière délayé, flottaient dans les rues d’une Ville.
Qu’on ne regarde point ce tableau commePeffet d’une imagination frappée, qui exagereles objets; tant de ponts,d’Eglises, de mai-sons, de moulins détruits, dont à peine onretrouve les traces, viennent à l’appui de ce la-mentable récit.
Ces effroyables malheurs n’arrivent pas sou-vent , j’en conviens ; mais il en est d’une autreforte , qui, pour faire moins d’éclat, n’en cau-sent pas quelquefois des pertes moins réelles.Rapporterai pour exemple le Phénomène arri-vé au mois de Mars 1774, à trois quarts de lieuede la fameuse Fontaine de Faucluse. Une éten-due d’environ quatorze arpents de terre, futsoulevée & transportée à plus de deux cents pas.Une partie d’un bois de chêne occupa la placed’une vigne; ailleurs on voyoit les seps en-tremêlés avec les moissons ; un lac d’une eauverdâtre; se forma au milieu d’un champ , deSmurs assez éloignés , vinrent l’entourer.