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I1IST0IRE DE LA CniMlE.
En 1750 , il devint membre de l'Académie royale de Stockholmet de celle d'Erfurth. Deux années après, il fut nommé associé del’Académie des sciences de Paris . Il refusa la charge de premierapothicaire du roi, et accepta la place d'inspecteur de la pharmaciede l'Ilotel-Dieu. Eu 1751 , le ministre des finances lui confia untravail sur l’essai des monnaies d’or. Rouelle y apporta tant dezèle et de talent, qu’on lui promit en récompense la place d'essayeuren chef des monnaies ; mais cette place ne fut donnée qu’après samort à J. d’Arcet, son gendre. Sentant ses forces s’affaiblir, il
mais la plus commune, 1’épithètc qu’il prononçait le plus souvent et qui servait Ile mieux sa colère, était celle de plagiair e. Pour montrer toute son horreur pourl’attentat de Damiens, il ne manquait pas de dire que c’était un plagiat. « Oui,messieurs, s’écriait-il tous les ans, à certain endroit de son cours, en parlantde Bordcii, c’est un de nos gens, un frater, un plagiaire , qui a tué mon frèreque voilà. » — Hors de son laboratoire et dès qu’il perdait de vue ses appa-reils, il semblait uc plus rien comprendre au monde et à la société. Un jour, chezBulfon, on parlait des mouvements instinctifs dont on n’est pas le maître. « Parexemple, disait le cardinal de Bernis, i! m’est impossible d’entrer dans uneéglise sans courber la tête. » « H y a, en effet, repr it Rouelle, certains mouve-ments naturels et machinaux dont il n’est pas facile de se rendre compte. Pour-quoi , par exemple, les Anes et les canards baissent-ils toujours la tète quand ilspassent sous des arcades ou des portes cochères ? » Et comme on le regardait ensouriant, « Oui, messieurs, ajouta-t-il, j’ai fait cette expérience, moi; j’ai faitpasser des Anes et des canards sous la porte Saint-Antoine, et même sous la por teSaint-Denis, qui est bien autrement.haute. Eli bien ! messieurs, vous me croirezsi vous voulez, mais je vous donne ma parole d’honneur que je n’en sais pasplus que vous à ce sujet. « — Les grands événements politiques et militaires lepréoccupaient au point de balancer dans son esprit l’intérêt qu’il prenait auxprogrès de la science , et il trouvait parfois l’occasion d’en entretenir ses audi-teurs au milieu même de ses leçons. C’est ainsi que pendant la guerre qui ve-nait d’éclater contre les Anglais en 1760, il voulait aller commander les bateauxplats, et assurait qu’il possédait un arcane à l’aide duquel il se flattait de brûlerLondres , et d’incendier sous l’eau toute la Hotte anglaise. — Orimm raconte quele lendemain du jour où parvint la nouvelle de la défaite deRosbach, il lerencontia tout écloppé et marchant avec peine. «Eli! mon Dieu , M. Rouelle,lui dit-il, que vous est-il donc arrivé? — Je suis moulu, répondit le chimiste ;toute la cavalerie prussienne m’a marché celte nuit sur le corps. » I.c mêmejour, il se trouvait au Jardin du Roi ; et la conversation ayant roulé sur le mêmesujet, il ne manqua pas de traiter le prince de Soubisc ( commandant de l'arméefrançaise à Rosbach, et qui reçut quelque temps après le bâton d« maréchal )d’ignare, d’esprit obtus, de criminel, et enfin de plagiaire. « Mais, lui dit Buffon,ce n’est point un plagiat que de s’être laissé battre par les Prussiens, c'est au con-traire une invention toute nouvelle de M. de Soubise. — Ne le défendez pas,s’écriait Rouelle, c’est un animal infime, un mulet cornu, un double cochonborgne ! Je suis sûr qu’il a quelque chose de vicié dans la conformation. »