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Le Mont-Blanc / par Charles Durier
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445
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LE MONT-BLANC . 445

M. Marke et ses guides étaient à moitié du Mur de la Côtequand ils entendirent des cris déchirants. Ils redescendi-rent en toute hâte. Un pont de neige avait cédé sous ledouble poids de madame Marke et d’Olivier. La cordes’était rompue à quelques pouces de la taille de miss Wil-kinson, qui dut la vie à cette circonstance. Tous les ap-pels furent vains; la crevasse était profonde, aucune voixne répondit. Il faut renoncer à peindre le désespoir deM. Marke, qui ne pouvait se persuader que sa femme fût ajamais perdue pour lui. Une douzaine de guides montèrentle lendemain, sans parvenir à retrouver dans le brouillardla place de l’accident, bien qu’on eût eu le soin d’y planterun bâton. Quand on la reconnut deux jours après, grâceà un intervalle de beau temps, le trou que les victimesavaient fait en tombant révélait seul l’existence du dan-gereux précipice. On mit une poutre en travers et un de

dividu capable d’un acte aussi insensé pouvait avoir la moindre prétentionde servir de guide. » Olivier m’a accompagné au Mont-Blanc en 18G9.C’était un jeune homme de vingt à vingt-deux ans, robuste et de ligureintelligente. Il a conduit la descente à travers le brouillard avec une raresagacité. Ce qui est vrai, c’est que madame Marke était tellement fatiguéeque, dès les Grandes-Montées, on voyait de Chamonix la caravane s’arrê-ter à chaque instant pour la laisser reposer. Au Corridor, le froid achevade lui ôter ses forces; elle ne pouvait ni avancer assez vite ni rester, souspeine d’être gelée vive. Olivier crut, en lui donnant le bras, trouver laseule chance de salut pour elle. Il eut mieux fait sans doute de rappelerM. Marke, mais il est bien le dernier homme de la caravane à qui Tonpuisse adresser des reproches. Quant aux deux guides, qui sont impar-donnables de n’avoir pas représenté à M. Marke l’impossibilité de laisserles jeunes femmes au bas de la Côte, ils n’étaient point de Chamonix .