io6
HISTOIRE DES BALLONS
d’une physionomie charmante. Il était secrétaire du prince deCaramanico, ambassadeur de Naples dans la capitale anglaise.
Lunardi n’avait pas de fortune; il ne pouvait, avec ses res-sources personnelles, songer à construire un ballon, mais il necraignit point de recourir à une souscription publique pour mettreson projet à exécution, et se trouva bientôt à même de pouvoirconfectionner un aérostat de soie de 32 pieds de diamètre. Il seproposait de le gonfler dans le grand jardin de l’hôpital militairede Chelsea, que le gouverneur de cet établissement, sir GeorgeHoward, avait mis à sa disposition.
Le ballon fut construit et exhibé publiquement au Lyceum,vaste local consacré à des expositions annuelles de peinture.C’était là que les visiteurs pouvaient se rendre; ils assistaient àla construction du matériel, moyennant une souscription de uneguinée. Chaque souscripteur était assuré d’une place réservéedans l’enceinte, le jour de l’ascension.
L’un des premiers qui se fit inscrire sur la liste fut sir JosephBanks , le célèbre botaniste, l’ami et le compagnon de voyage ducapitaine Cook, le président de la Société Royale. Parmi les autressouscripteurs, nous citerons spécialement un jeune et riche gentle-man, aussi distingué par sa naissance que par son instruction,M. Biggin; il demanda à Lunardi, et obtint de lui, de l’accompa-gner dans son voyage.
Tout semblait aller pour le mieux, quand des difficultés inat-tendues survinrent subitement. Un Français nommé Moret, quiavait lancé à Paris quelques petits ballons libres, voulut devancerLunardi; il annonça, vers le milieu d’août, qu’il allait gonfler unballon, exécuter une ascension, et choisit comme point de départun emplacement voisin de l’hôpital de Chelsea. Le jour de l’expé-rience, un très grand nombre de spectateurs se rendirent à l’appelde Moret, mais le gonflement de l’aérostat s’exécuta dans demauvaises conditions, et le départ n’eut pas lieu. Il s’ensuivitun tumulte effroyable; les barrières de clôture furent renversées,le public brisa tout, menaçant Moret d’être lapidé.
Le gouverneur de l’hôpital militaire de Chelsea écrivit sur cesentrefaites à Lunardi qu’il craignait que pareil scandale ne se