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Livre XII. L'Afrique Occidentale.
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150 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

montagnes, vers le pourtour de l'ile, s’incline en escarpements rapides,raves de profonds ravins descendant presque, en droite ligne vers la mer.Mais du côté intérieur le demi-cercle de montagnes se creuse soudain enun gouffre prodigieux d'environ K> kilomètres de tour : c’est la Caldera.Ces parois de l’abîme descendent abruptement à 1:200 mètres de profon-deur, puis au-dessous commencent les pentes douces des pâturages. D’enliant, l’aspect de la chaudière donne le vertige ; mais c’est d’en bas qu'elleétonne et ravit le plus par le contraste de l’immense amphithéâtre auxroches multicolores et des charmants paysages du fond, bosquets et collinesgazonnées, ruisseaux et fontaines, cascades qu’on voit briller entre lesroches et qui se perdent au-dessous des ramures, aqueducs qui serpententautour des contreforts, bordés de cultures. Au centre de ce temple mer-veilleux les indigènes de Benehoare, — l’ancien nom de l'ile, —adoraientleur divinité. Là se dresse un rocher en forme d’obélisque, l’idafé, au piedduquel ils se groupaient dans les jours solennels. Puis ils l’interrogeaienten chœur : « Tomberas-tu, Idafé, tomlieras-tu? » — « Fais-lui des pré-sents, disait une voix, et il restera debout. » Alors les iidèles lui offraientdes sacrifices et lui adressaient des prières. Dans leur pensée, la stabilitédu roc d’Jdale correspondait sans doute à la durée de leur race, peut-êtremême à celle de l’ile et du monde.

Les eaux abondantes de la Caldera, réunies au sud-ouest du cirque, s’échap-pent par l’étroite barranque de las Angustias, ouverte dans les conglomé-rats à la profondeur de 300 mètres et se déversent dans la mer entre deuxpromontoires. La ligne des fonds de 100 brasses se recourbe en ces paragesà une grande distance au large du littoral, témoignant ainsi de l’énormequantité d’alluvions que le torrent de las Angustias a charriées hors ducirque de la Caldera'. L’entonnoir entier a été vidé par les eaux ; scories etcendres ont été déblayées sur une épaisseur de près de deux kilomètres, etl’œuvre d’érosion s’est continuée jusqu’aux roches primitives, diabaseselporphyres, qui constituent le noyau de l’ile. Telle est. l’opinion presqueunanime des géologues : l’hypothèse des cratères de soulèvement qu’avaitémise Léopold von Buch et dont il avait pris précisément pour type la chau-dière de l'aima, croyant voir sur tout le pourtour de l’abîme les traces decouches rompues et redressées, n’existe plus que dans l’histoire de lascience. La Caldera offre bien des traces de soulèvement, mais d’une autrenature. Dans les couches de conglomérat que traverse le torrent de lasAngustias des fossiles marins sont mêlés aux débris du volcan : la base de

1 Von Fritscli, mémoire filé.