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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE
traités suivant leur origine et leur genre de travail, les mœurs des eoursoù les affranchis disposent, de la fortune et de la vie des sujets, où lesfous décident parfois de la paix et de la guerre par une plaisanterie, lesbanquets (pie les griots viennent égayer par leurs chants obscènes, lescérémonies terribles où les sorciers tendent aux victimes la coupe dupoison, tout cela n’est-ce pas l’image de la société d’Europe il y a milleannées 1 ?
En face de ce monde barbare l’àge moderne avec ses idées et ses institu-tions nouvelles est représenté par le petit nombre d’Européens «pii vivent àSaint-Louis, à dorée, à Dakar , visitent les postes riverains du lleuve oufont des voyages d’exploration à l’intérieur. El pourtant ce groupe deFrançais ne peut même être assimilé à une réduction des sociétés euro-péennes, car il ne se compose point de tous les éléments organiques d’unenation : il ne comprend que des marchands, des soldats, des fonction-naires; les artisans ne sont représentés que par des ouvriers recrutés parla conscription, et les cultivateurs du sol manquent complètement. Quoiquela plus ancienne des possessions françaises, le Sénégal est celle qui est leplus improprement désignée sous le nom de « colonie ». Cette contrée n’ajamais reçu de colons européens venus librement pour exercer une indus-trie manuelle, et d’ailleurs c’est à sept ou huit centaines seulement (pie,dans les années du commerce le plus actif, s’élève le nombre des hommesdu nord venus de leur plein gré. Quant aux femmes, elles sont si rares,qu’on se plaît à vanter leur présence comme un témoignage d'héroïsme.
C’est (pie l'expatriation à 50 degrés de latitude dans la direction de l'é-quateur est une tentative des plus dangereuses pour les immigrantsde la zone tempérée du nord. La saison sèche, qui est en même tempsla saison fraîche, est agréable pour l’Européen, si ce n’est quand soui-llent les vents d’est, et pendant cette période de l’année, de décembre enmai, les Français peuvent visiter Saint-Louis sans grand péril pour leursanté : c’est, en effet la saison (pie choisissent la plupart des négociantspour inspecter leurs comptoirs et préparer leurs opérations de commerce;ils n’ont à redouter que l’anémie. Alors les indigènes courent plus lerisque de tomber malades que les Européens, à cause du froid relatifqu’ils ont à subir, du manque de vêtements chauds et de maisons con-fortables. « La chute des feuilles du baobab, c’est la mort des noirs, » ditle proverbe; mais, ajoute-t-il, « la pousse des feuilles, c’est la mortdes blancs. » La chaleur humide est fatale pour les Européens qui n’ob-
Bérengei-Féraud, ouvrage cité.