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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
sonL on général supérieurs par la bonté et la douceur du caractère et leurintelligence n’est nullement aussi obscure que leurs voisins, Tagal ou\isayas, ont l'habitude de le dire.
l/aulorité n’est pas héréditaire chez les Aetas : à la mort du chef, lespères de famille élisent son successeur, qu’ils respectent comme unpatriarche et qu’ils choisissent parmi les plus âgés de la tribu. L’époux n’aqu’une femme et d’ordinaire la traite avec affection et respect. Chezquelques peuplades, la cérémonie du mariage est gracieuse et touchante:les fiancés montent sur deux arbres voisins et flexibles, que le pa-triarche balance et rapproche; quand les feuillages s'entremêlent et queles visages se touchent, le mariage est conclu. La femme doit accoucherseule, puis elle va se plonger dans un ruisseau avec son enfant, pratiqueconstante qui, d’après Montano, contribuerait pour une large part à ladisparition de la race. Le nouveau-né appartient à la tribu tout entière,qui lui donne un nom après en avoir délibéré en assemblée. Les enfants,les malades, les vieillards sont entourés des plus grands soins; le dévoue-ment de tous pour chacun est la loi des Aetas. Bien qu’ils adorent la lune,les étoiles, le tonnerre, l’arc-en-ciel et tous les grands phénomènes de lanature, leur principal culte est celui des morts. Ils enterrent le cadavredans un tronc d’arbre creux ou sous la cabane qu’il habitait, et vont enconstruire une autre, mais à une faible distance, afin de pouvoir veillersur le lieu désormais sacré et empêcher que le pas d’un étranger ou d’unebête sauvage ne le profane. Jadis, dit-on, les Aegritos tuaient un Malais àla mort de chacun des leurs.
À l’exception des Aetas, des colons chinois, de leurs métis et des Euro péens , toute la population philippine , du moins au nord de Mindanao , estmalaise d’origine et de langue. A une époque inconnue, mais certainementtrès lointaine, les Malais, ancêtres des Philippins, débarquaient sur lesrivages des îles et s’y établissaient à demeure : le nom de balangaij ou« barque » donné encore de nos jours aux villages rappelle le temps oùl’équipage, la « barquée », désormais campée sur la grève, avait à peinechangé son genre de vie et travaillait d’accord comme si elle s’élail encoretrouvée sur le banc de rame. Plus tard, les colons chinois vinrent à leurtour sur des sampan ou nefs à « trois planches » et l’appellation de cetesquif, hissé sur l’estran, est également devenue celle des groupes d’habi-tations qu’il élevèrent. Chaque balangay, chaque sampan était le berceauil’une colonice
1 Olivier Beuuregard, Bulletin de la Société d'Anthropologie de Paris, 7 juillet 1887.