160 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
(jue les embâcles ont soulevés à plusieurs mètres au-dessus du niveaumoyen des eaux.
La plus grande île de l’archipel Polaire, représentée sur de nombreusescartes comme divisée en plusieurs fragments, est la terre de Baflin,Baffin’s land, qui limite à l’ouest les mers du Groenland, entre le détroitde Lancaster et celui de Iludson. La superficie que présente l’ensemble decette terre hérissée de péninsules est d’au moins 660 000 kilomètres carrés.Des îles qui en dépendent étroitement, par leur mode de formation et parla place qu’elles occupent dans le prolongement des promontoires ou dansles fjords, accroissent encore notablement cette étendue. Les deux prin-cipales se trouvent précisément aux deux extrémités de la terre de Baffin :l’une de ces îles, L'ivang, à l'angle nord-oriental, a reçu de Boas le nomd’île Bylot, en mémoire du capitaine presque oublié dont Bafl'in fut lepilote illustre; l’autre île, à l’angle-sud-oriental, vers l’entrée du détroitde Hudson, est Tudjakdjuak, l’ile Resolution des cartes anglaises. Les nomsindigènes ont été retrouvés par Boas pour les diverses régions de la terrede Baflin : le pays se divise en trois parties, d’après la direction des cou-rants aériens, Aggo au nord, Akudnirn au milieu, et Oko au sud, c’est-à-dire « pays au vent », « pays moyen » et « pays sous le vent ». En outre,chaque péninsule a son appellation particulière. Celle qui horde le détroitde Hudson, la Meta Incognita de Frobisher , est le Kingnaït, c’est-à-dire le« Haut Pays ».
La côte orientale de Baffin’s land est dominée par une chaîne de mon-tagnes, gneiss et granit, dont les cimes aiguës atteignent et même dépas-sent 2000 mètres en divers endroits. Les promontoires qui s’avancent leplus à l’est sont fort élevés, coupés de précipices abrupts, et par delà leursparois on voit dans l’intérieur des roches noires, isolées ou en dents descie, s’élever de la blanche étendue des névés; au fond, dans les fjords, onaperçoit des langues de glace sortant de la lèvre des vallées. Un des montsles plus connus, au sud de la haie d’Exeter, le pic Raleigh (1400 mètres),déjà nommé par Davis en 1585, a l’aspect d’un grand sommet alpin.Des fjords découpent la côte océanique de Baffin’s land et pénètrent auloin dans l’intérieur, aboutissant à des seuils peu élevés, de l’autre côtédesquels, sur les côtes occidentales, s’ouvrent des baies de même nature :les entailles des rivages se correspondent ainsi de l’une à l’autre mer, etle pays est divisé comme par de profondes coupures en tranches parallèles,qu’un abaissement du sol partagerait en massifs insulaires distincts. Cescoupures sont elles-mêmes subdivisées de distance en distance par des« verrous » transversaux, barrages naturels de rochers ou restes de mo-