.NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
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le domaine où se presse la population de langue espagnole lui reste encorepresque en entier. Le contraste est brusque entre les deux pays : toutchange rapidement, de part et d’autre, dès qu’on a traversé le riobravo. La nation mexicaine a pour caractéristique de sa personnalitécollective un étal de lutte incessante contre l’inlluence des Etats-Unis .Sans doute les puissants voisins du nord ont une part considérable dansles changements qui s’accomplissent au Mexique , mais c’est dans le restede l’Amérique espagnole et surtout en Europe , dans la mère patrie etmême dans celte terre de France qui, récemment encore, envoya desarmées pour les subjuguer, que les Mexicains cherchent leurs alliés. Ils sedisent et se sentent « Latins » : le nom même de ladino, réellement dérivéde lulino ou « latin » d'après Covarrubias , n’esl-il pas synonyme d’avisé, de«civilisé » dans toute l'Amérique Centrale ?
Si jamais, sur la terre affranchie, les peuples se groupent, malgré lesdistances, suivant leur parenté et leurs affinités naturelles, c’est à leursfrères les Latins d’Europe que s’associeront les Mexicains et autres « lati-nisés » de l’Amérique . De même qu’il s’est produit en Angleterre et dansles colonies britanniques un mouvement d’opinion considérable pour arriverà une alliance plus intime de toutes les contrées de langue anglaise, à laconstitution d’une « Majeure Bretagne », de même il s’est fondé une sociétéd’union « lbéro-Américaine » pour la formation d’une ligue de tous lesEtals de langue ibérienne, et lors du premier congrès tenu à Mexico * en1887, dix-neuf Etats se trouvaient représentés. Il ne semble pas que laprophétie de Bell relative à l’Amérique doive s’accomplir. « Beu de siècles,disait-il, peu de siècles rouleront dans l’infini avant que l’anglais soitdevenu le parler de tous les Américains entre les îles glacées du GrandNord et la Terre de Feu. » D’autres écrivains prédisent ce changementcomme devant arriver à plus courte échéance : « 11 n’y aura bientôt plusque des Yankees au Mexique ’. » C’est là une illusion. En témoignage de laforce de résistance des Hispano-Indiens, on peut signaler l’extrême lenteuravec laquelle se poursuit l’américanisation du Nouveau-Mexique , territoireoù l’on ne comptait pourtant, il y a plus de quarante années, lors de l’an-nexion aux États-Unis , qu’une cinquantaine de mille personnes de langueespagnole, presque entièrement séparées de leurs compatriotes du midi parde vastes solitudes.
Tôt ou tard le rôle commercial de la région des isthmes sera de premierordre, car là sera certainement un jour le grand lieu de passage entre
' Jules Leclercq. Voyage au Mexique , de New-York èi Yera-Cruz, par terre.