CONVERSION DES AZTÈQUES.
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vont on secret couronner de fleurs les images des anciens dieux et sacrifierdes colombes dans les bois 1 . Outre la Vierge et Jésus-Christ, qui sont les« Dieux de l'Eglise », les Indiens ont leurs dieux domestiques, leurs mani-tous, des tepitotou ou « tout petits », comme les dieux lares des anciensAztèques.
Mais la conversion des indigènes, le titre de frères spirituels des « chré-tiens », c’est-ii-dire des Espagnols , que leur valut le baptême, n’en firentpas pour cela les égaux de leurs conquérants. Ceux-ci ne virent d’aborddans les convertis que des êtres inférieurs, utiles surtout quand ils étaientmorts, parce qu’on employait leur graisse à panser les blessures deshommes et des chevaux\ C’est le bâton à la main qu’ils parlaient à l’in-digène, et du temps même de bernai Diaz un nouveau proverbe avait priscours parmi les blancs : Donde nace el lndio nace el bejuco ! qui sepeut traduire par une phrase analogue : « A côté de l’Indien pousse lerotin! » Encore à une époque récente le poète Galvan pouvait s’écrier :« Je suis un Indien, c’est-à-dire un ver qui se tapit dans l’herbe : toutemain l’évite et tout pied le meurtrit. » Aussi les fils des Aztèques purent-ilsregretter plus d’une fois l’ancien ordre de choses. «Pourquoi étions-nousplus heureux dans les temps de barbarie et d’abjection que depuis notreconversion à votre foi? » disaient les vieillards d’une peuplade indienne àl’évêque Zumarraga . Quand un fils naissait à l’Indien, le père l’accueillaitpar ces paroles tristes : « Tu viens sur la terre pour souffrir! Souffre donc,mon enfant! 3 »
La période qui suivit immédiatement la conquête fut la plus terrible poul-ies indigènes : la seule dénomination possible pour la conquête espa-gnole paraît devoir être celle que lui avait donnée Bartolomé de las Casas :« la Destruction des Indes! 4 » D’abord les maladies, qui se développentpresque toujours avec une grande intensité lorsque des races distinctes setrouvent soudainement en contact, firent presque la solitude en quelquesparties de la contrée. La première épidémie de petite vérole, qu’un nègrede l’expédition de Xarvacz apporta, dit-on, dans le Mexique et qui frappaCuitlahuatzin, le successeur de Montezuma, fut plus meurtrière que lesarmes des Espagnols ; mais bien plus terrible encore fut le matlazahuatl,— peut-être la variole, — de 1570, qui, d’après Torquemada , auraitenlevé près de deux millions d’habitants dans les diocèses de México , de
1 J. J. Ampère , Promenade en Amérique.
- Bernat Diaz, ouvrage cité.