CHAPITRE VII
CUBA
Cette île, la plus vaste des Antilles et celle qui occupe la position géogra-phique dominante, entre le golfe du Mexique et la mer des Caraïbes , est lapremière grande terre que Colomb ait découverte dans le Nouveau Monde,quoiqu’il la signale en même temps, avec une opiniâtreté singulière,comme une péninsule de l’Ancien, comme la mystérieuse Zimpango del’extrême Asie . Où aborda-t-il? On ne sait exactement, car son journal devoyage s’exprime d’une manière assez vague, et, la véritable situation deGuanahani, d’où il partit pour gagner la grande île, étant encore inconnue,on ne peut tracer avec certitude l’itinéraire suivi par le navigateur. D’aprèsLas Casas et Herrera, c’est près de l’extrémité orientale de l’île, à Baracoa,qu’il aurait contemplé pour la première fois « les terres les plus belles quele soleil éclaire et que les yeux aient jamais vues » ; Navarrete croit que lepremier port de Cuba dans lequel entrèrent les caravelles de Colomb fut lehavre de Nipe, et Washington Irving , cherchant encore plus loin versl’ouest, indique le, port de Nuevitas comme le point d’arrivée’. Quoi qu’ilen soit, Colomb reconnut en 1492, dans son premier voyage, une grandepartie de la côte nord-orientale; puis, lors de sa deuxième navigation, en1494, il suivit la côte méridionale, avec tous ses golfes et rentrants jusqu’àla baie dite aujourd’hui de Cortès, qui se trouve non loin de la pointe occi-dentale de l’île. Or c’est là précisément, à moins de cent kilomètres dupromontoire terminal, qu’il réunit ses équipages pour les prendre à témoinsque Cuba n’était point une île, mais bien une partie de continent. Toutefoisquelques doutes devaient le hanter, puisqu’il eut aussi recours à la menace :toute affirmation contraire à la sienne pouvait coûter au matelot la perte des
1 Miguel Rodriguez Ferrer, Naturaleza y Civilisation de la yrandiosa isla de Cuba.