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tous les trente ou quarante ans qui peuvent avoir accompli ce creusementprodigieux. D’autres faits, pris dans le domaine de l’histoire naturelle,confirment cette hypothèse d’un climat jadis humide. Diverses plantesqui vivent dans les montagnes de l’Ecuador et du Pérou septentrional seretrouvent dans le Chili du sud, tandis qu’elles manquent complètementdans l’espace intermédiaire, sur les plateaux secs de la Bolivie . Il enest de même pour certaines espèces animales : le cervus antinemis desAndes péruviennes qu’ont décrit d’Orhigny et Tsclmdi paraît identiqueau guermul ou cervus chilensis des Andes méridionales et des terresmagellaniques, que l’on a vainement cherché dans le Chili du nord. Maisd’où vient que son aire d’habitation s’est ainsi scindée en deux parties?D’où vient que les mêmes plantes habitent des domaines distincts, l’unfroid, l’autre chaud, et qu’elles évitent l’espace intermédiaire à climattempéré? C’est que les pluies et l’huïnidité de l’air sont un élémentnécessaire au développement de ces organismes. Tant que les plateaux desAndes ont été suffisamment arrosés, animaux et plantes ont pu librementtraverser la région occupée actuellement par le désert d’Alacama et leshauteurs voisines; mais quand les pluies ont manqué, une solution decontinuité s’est opérée entre les aires vitales du nord et du sud. Enplein désert d’Atacama, là où ne poussent maintenant que de rares tiges,presque dépourvues de feuilles, la pioche du mineur a souvent déterréles puissantes racines d’arbres qui s’élevaient autrefois en forêt'. C’estpar la dessiccation du climat que le grand lac bolivien , le Titicaca , acessé de faire partie du système de l’Amazone : il épanchait autrefois letrop-plein de ses eaux dans le courant du Béni ; mais, trop faible main-tenant pour franchir le seuil de partage, son flot s’est retiré graduelle-ment, délaissant de vastes étendues. Le bassin qui reste de l’anciennemer intérieure contient une eau presque douce, sans doute parce quel’isolement du réservoir lacustre date d’une époque géologique relative-ment moderne.
L’Amérique du Sud n’est, en proportion de sa surface, dépassée que parl’Insulinde pour l’immensité de ses forêts. Même l’Afrique centrale , avecses prodigieuses mers de verdure que l’armée de Stanley eut tant de peineà franchir, ne présente pas un ensemble de végétation compacte aussivaste que la « selve » continue du bassin de l’Amazone et de ses affluents,
Philippi; — Pissis; — II. W. Baies, Stanford's South America.