CHAPITRE III
Historiquement, la France a commencé par le versant tourné du côté dela mer Tyrrhénienne . Les montagnes de l’intérieur, les grèves océaniquesétaient encore la région du mystère et de l’inconnu quand les Phéniciens naviguaient sur le golfe du Lion et fondaient leurs comptoirs au bord deshavres les mieux situés pour le commerce avec la vallée du Rhône. Plustard, le monde grec s’accrut de tout le littoral gaulois compris entre lesAlpes et les Pyrénées , et tandis que par delà les monts voisins vivaient despopulations barbares qui pratiquaient encore des sacrifices humains, lescolons hellènes de Nice , d’Antibes, de Marseille , de Saint-Gilles, d’Agde ,de Port-Yendres, constituaient déjà des sociétés policées, ayant leursartistes et leurs poètes, leurs historiens et leurs savants. Des légendesingénues racontent comment les Grecs civilisés enseignaient peu à peu leursarts aux tribus voisines ; elles nous montrent le beau jeune Grec Euxènese mariant à la blonde fille du roi barbare, de même qu’à peine débarquésur les plages du Nouveau-Monde, l’Anglais prisonnier du chef Powhattanfut délivré par la charmante Pocahontas . Mais l’œuvre lente de la civilisa-tion n’était point accomplie lorsque les Romains succédèrent aux Grecsdans la possession du littoral méditerranéen des Gaules; non contents d’êtreles maîtres de l’étroite zone de terrain qui rejoignait la grande presqu’îled’Ibéric à leur propre péninsule italienne, il leur fallut la contrée toutentière. Seulement alors la Gaule océanique devint une partie du mondeconnu ; mais pour la faire entrer de force dans le cercle d’attraction deRome , l’implacable César n’eut pas trop, pendant dix années, de toutesles ressources que pouvaient lui fournir la riche Italie et les autres contréesdéjà conquises.