VALLÉE DU RHONE.
177
ranéenne comprise entre les Alpes et les Pyrénées ne pouvait manquer dedevenir une dépendance de la puissante nation militaire du versant océa-nique. Les obstacles qui la protégeaient n’étaient point suffisants pourarrêter l’ennemi. D’ailleurs, une haute barrière de montagnes eût-elledéfendu le Languedoc et la Provence, que les voisins septentrionaux auraientcertainement fait la conquête de ces belles et fertiles vallées qui s’inclinentvers la mer d’Afrique , car les pays du midi exercent toujours une inlluenceirrésistible d’attraction sur les peuples du nord. La faible largeur de larégion côtière habitée par les populations de « langue d’oc » livrait d’avancele pays à l’invasion : trop étroite, la zone du littoral devait se séparer decelle qui se prolonge à l’ouest dans la vallée de la Garonne , et se briser enplusieurs fractions, comme autrefois l’Italie. Les Français n’eurent donc àcombattre qu’un ennemi divisé, et l’on sait avec quelle fureur, le fana-tisme aidant, ils se livrèrent à l’œuvre d’extermination!
Toutefois l’union violente du nord et du midi de la France eut d’autresconséquences que les meurtres, l’incendie et l’oppression : elle complétal’unité géographique du pays en lui donnant une façade sur la Méditerranéecomme il en avait déjà sur la Manche et sur l’Océan. C’est ainsi que laFrance a pu devenir dans l’histoire l’intermédiaire naturel entre les popu-lations des deux versants continentaux et remplir ce rôle de médiatrice desidées qui la distingue parmi les nations de l’Europe . Du nord au sud de lalongue vallée que parcourent la Saône et le Rhône se succèdent des pro-vinces fort diverses par la formation géologique, le climat, les habitants,mais ayant toutes participé aux mêmes vicissitudes de l’histoire. Certes, lecontraste est grand entre la Bourgogne, la Franche-Comté , le Lyonnais, laSavoie, le Dauphiné, le Languedoc, la Provence, la Ligurie française ; tou-tefois les eaux qui s’écoulent de toutes ces contrées vers les mêmes paragesde la mer leur donnent une certaine unité géographique, et cette unité seretrouve en partie dans la marche des événements. C’est un fait capitaldans l’histoire de la France que le Rhône aille recueillir ses eaux dans leshautes vallées des Alpes, les combes du Jura et les vallons des plateauxde Langres et des Faucilles. En pénétrant ainsi fort loin entre les Vosges etle Morvan, le bassin qui s’incline vers la Méditerranée a fait, pour ainsidire, remonter le midi jusque dans les régions du nord ; néanmoins lacontrée se divise naturellement en deux régions distinctes, le groupe méri-dional de provinces, que parcourt le Rhône fougueux, et les départementsde la France centrale, qu’arrosent la tranquille Saône et ses affluents.
Les côtes de la Provence semblent en maints endroits appartenir à uneterre africaine. Elles rappellent le littoral de Tunis et d’Alger par le vigou-
25