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Livre II. La France.
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DÉYOLUY, MONTAGNES D’EMBRUN .

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détritus comme dans la boue; plusieurs fois dans l’année, les orages remet-tent la pierre vive à nu En général, les montagnes de cette partie des Alpes sont composées de roches très-dures alternant avec d’autres strates de maté-riaux plus tendres : partout on voit d’immenses escarpements reposant surdes bases sans consistance. Les eaux qui suintent par les lissures des cou-ches supérieures délayent peu à peu les parties friables de la base, et lesliantes assises, perdant leur appui, s’écroulent avec fracas ou s’affaissentlentement en glissant dans les vallées. 11 est peu de contrées montagneusesoù l’on ait plus d’exemples de villages descendant par degrés vers la valléeavec les vergers et les champs qui les entourent.

Toutefois c’est à l’imprévoyance des habitants, bien plus qu’à la consti-tution géologique du sol, qu’il faut attribuer le rapide écroulement desmonts. Les hautes pentes, aujourd’hui si nues pour la plupart, étaientautrefois couvertes d’immenses forêts que l’on a coupées pour faire place àde maigres cultures ou à de simples pâturages. L’eau des pluies et desneiges n’étant pins retenue sur les déclivités par les racines des arbres,descend violemment dans la vallée en [toussant devant elle tous les débrisarrachés aux lianes de la montagne; la dent des chèvres et des brebis aideà déchausser les radicelles des [liantes herbeuses et des broussailles; peu àpeu toute la mince couche de terre végétale est enlevée, la roche nue semontre, de profonds ravins se creusent dans les escarpements et sont par-courus en temps de pluie par des torrents furieux qui naguère n’existaientpas : l’eau qui pénétrait lentement la terre et portait des sels fertilisants auxracines des arbres ne sert maintenant qu’à dévaster le sol. Dès que les forêtssont abattues, on voit s’ouvrir sur la pente, de distance en distance, descouloirs d’érosion qui correspondent souvent à des ravins situés sur l’autreversant et finissent, dans un espace de temps relativement court, pardécouper la crête de la montagne en cimes distinctes, environnées unifor-mément par des talus de roches brisées ou des coulées de boue. En bas, lavallée n’offre qu’un vaste champ de cailloux, où la rivière serpente enminces filets chargés de sédiments. 11 est grand temps que l’œuvre de reboi-sement répare le désastre et rende à la France ces régions devenues presqueinhabitables! Du reste, sur toutes les pentes où de sérieux essais ont étéfaits, les monts commencent à reprendre leur parure; de jeunes forêtsverdoient çà et là, et des montagnes, naguère nues et mornes, reprennentun aspect de fraîcheur et de gaieté 2 .

Les divers massifs et les chaînons qui se ramifient au sud vers le confluent

1 Surell , Étude sur les torrents des Hautes-Alpes , I" vol., ]>. 130.

s Terrains reboisés dans les Alpes françaises, de 1801 à 1870 : 93,000 hectares.