571
enfin, les fromages bleus dits de Septmoncel, et que l’on fabrique sur les hauts pâturagesenvironnants, dans la commune même de Septmoncel et en d'autres villages, sont exportésde Saint-Claude en quantités considérables. Quant à l'abbaye, historiquement célèbre parl'état de servitude dans lequel se trouvaient encore ses paysans à la veille de la Révolutionfrançaise , elle n’existe plus ; les seuls monuments curieux de la ville sont un pont sus-pendu franchissant la vallée du Tacon, à ou mètres de hauteur, et un viaduc de pierre,moins élevé, mais d'admirables proportions. Sur les plateaux qui s’étendent au nord-ouestde Saint-Claude , existait une ville gallo-romaine, dont il reste encore quelques débris, entreautres les arcades d'un aqueduc : le petit lac d’Antre, des rochers abrupts, des sourcesjaillissantes, donnent au site des ruines un caractère original et grandiose.
Murez est, après Saint-Claude , la ville la plus importante de l’arrondissement, et, faitassez rare en France , elle est en entier une création de l'industrie. Elle commença au mi-lieu du seizième siècle par une clouterie, à laquelle s’ajoutèrent successivement d’autresusines, moulins, scieries, fabriques de fds de fer. Depuis le commencement du siècle, la ruede manufactures s’est prolongée sur un espace de plus de 5 kilomètres dans son défilé,connu jadis sous le nom de « Combe Noire » ; de vastes fabriques d’horloges que l'on vendà l’étranger, surtout en Espagne, et jusqu’en Chine , des manufactures de verres de lunettes,de tournebroches, d'objets d'orfèvrerie, de métaux émaillés, ont donné à la ville un grandrôle industriel. Vue des collines qui l’enserrent étroitement entre leurs bases, elle seprésente tout entière comme une longue usine avec ses barrages, ses appareils hydrau-liques, ses machines à vapeur supplémentaires 1 .
Lons-le-Saunier, chef-lieu du département, n’a pas, comme Saint-Claude et Morez , ledésavantage d’ètre située dans une combe ou dans une cluse de montagne ; elle se trouvedéjà dans la plaine, mais entourée de trois côtés par des promontoires dont les pentesravinées sont couvertes de vignobles. La facilité des communications permet à Lons-le-Saunier d'expédier au loin les produits de ses vignes, les fruits de ses jardins, les boiset les fromages de la montagne et les articles divers de ses propres manufactures, lu-nettes, tissus, objets en cuivre et en fer; mais, toute proportion gardée, Lons-le-Saunier n'a pas une vie industrielle comparable à celle de Morez et de Saint-Claude. L’eau salinequi a fait donner à la ville son nom de « Saunier » est utilisée dans un établissement d'eauxminérales. Les grandes salines sont à 2 kilomètres à l’ouest, au village de Montmorot,que domine un vieux donjon : là plus d'une centaine d’ouvriers employés à l'exploitationdes puits d'eau saturée, provenant d’une profondeur de plus de 120 mètres, obtiennentchaque année près de dix mille tonnes de sel blanc et de grandes quantités de sulfates etd’autres produits chimiques. En s’abaissant vers la plaine de la Dresse, les talus du plateaujurassique montrent à nu en maints endroits des couches d’excellentes pierres de construc-tion exploitées en carrières. 11 s'en trouve dans le voisinage même de Lons-le-Saunier ,près des sources de la Seille et de la fontaine impétueuse du Grand-Ilard. Les roches deSaint-Amour, à peu près à moitié chemin entre Lons-le-Saunier et Dourg-en-Bresse, sontaussi très-activement fouillées.
A l’est de ces falaises, les hauteurs du plateau offrent un intérêt spécial par le grandnombre de débris appartenant à une époque déjà lointaine de l’histoire, ou même à des âgesantérieurs à la tradition. Près d'Orgelet, bourgade que dominent les ruines d'un grandchâteau féodal, se trouvent des murs de défense, des pierres levées, des tombelles, des« mottes » qui furent îles nécropoles ou des lieux fortifiés. Sur le chemin d’Orgelet àSaint-Claude, un pont romain franchit la gorge de l'Ain d’une seule arcade. Non loin de la
1 Audiganne, Revue des Deux Mondes , 15 juin 1804. — L. de Ronchaud, Une ville industrielledans le Jura , Annuaire du Club alpin-français, 1874.