LAC PA VIN.
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en travers de la vallée de la Couze, que domine aussi, du haut d’unpromontoire de scories, le superbe château de Murols, « une des plus hau-taines forteresses de la féodalité 1 . » En arrêtant les eaux de la Couze, lescoulées du Tartaret formèrent le lac de Chambon, jadis beaucoup plusétendu, quand la digue de retenue n’avait pas encore été aussi profondé-ment entaillée par le courant de sortie. Ce lac, moins élevé que ceux duplateau, est le plus gracieux de l’Auvergne : des prairies l’entourent, desbouquets d’arbres se reflètent dans son eau pure, de petites îles boisées, quise montrent çà et là, contrastent avec les escarpements des laves environ-nantes.
Sur le plateau que dominent au nord les cimes déchirées des montsDore, d’autres volcans, relativement modernes, ont surgi et dressent au-dessus des pâturages leurs cônes réguliers, les uns encore boisés, les autresdéjà dévastés par la hache. Deux de ces volcans, la Montsineyre (Monche-neyre ou « Mont Sombre ») et le Moutchal ou Montchalin, ont à leur basedes bassins lacustres dont le premier a été formé par le barrage naturelque la masse du volcan a dressé en travers d’une vallée, tandis que le se-cond occupe un ancien cratère d’explosion. D’autres lacs, d’origines diverses,emplissent les vasques du plateau, mais aucun n’est à la fois plus sévèred’aspect et plus grandiose de forme que le lac Pavin : c’est un cirque pres-que. parfait de "2,500 mètres de tour, dont les parois, liantes de plus de00 mètres, sont revêtues de hêtres et de sapins, sauf là où des masses debasalte ont jailli à travers les assises de ponces et de scories diverses : lesoir, le lac « prend l’apparence d’un bain de plomb fondu » 2 . Il était fortredouté jadis, et suivant une tradition que l’on retrouve sur le plateaud’Aubrac et dans tontes les régions de montagnes, on croyait que desenchanteurs y faisaient naître des orages : une simple pierre lancée dansson eau suffisait pour en évoquer la tempête; mais, transformé de nosjours en réservoir à truites, il a perdu ses terreurs. Jadis on le disait« sans fond », et il est en réalité le plus creux de tous les lacs de l’Au-vergne, car la sonde touche le centre de la cavité à 94 mètres seulementet toute la partie profende de l’entonnoir a été ouverte par les explosionsvolcaniques dans l’épaisseur du gneiss. Sans parler d’une assez forte sourcevisible, des affluents souterrains viennent alimenter le lac : au sud-est dupuy de Montchal, on aperçoit un de ces ruisseaux mystérieux, au fond d’unecheminée volcanique dite le creux de Soucy : l’abîme n’a pas moins de44 mètres.
1 Pour la description de cette région de l'Auvergne, voir George Sand , le Marquis de Villemer.
2 E. Vimont, Annuaire du club-alpin français , 1874.