t: Il A MGE M KiN T S DU LITTORAL DU L'A UNIS.
507
voisinage immédiat les uns des autres. Ainsi l’isthme qui rattachait autre-fois la petite île d’Aix au continent a été emporté par les flots et remplacépar un large détroit. Plus au nord, le littoral portait le bourg de Mont-meillan, dont on chercherait vainement les traces, et la ville de Châte-laillon, dressant encore sept tours, en 1709, sur la pointe qui porte sonnom 1 . Au sud de la Charente , ce sont des phénomènes contraires qui se sontaccomplis. Là nombre de marais, dominés par les hauteurs de Saint-Agnant, de Saint-Jean-d’Angle, de Saint-Just, portent le nom de « ports » etrecevaient, en effet, des navires au moyen âge; au pied de la tour de Brou,qui s’élève sur un promontoire, à 11 kilomètres au sud-est de Marennes , onconstruisait encore des bâtiments de 40 tonneaux en 1620, et des restesde navires ont été découverts dans les bas-fonds qui l’entourent. Les terreshautes de Marennes , celles d’Arvert, n’étaient-elles pas aussi des îles pourla plupart? De tous côtés, des fonds marins soulevés les entourent 2 : on di-sait jadis « aller en Marennes », « aller en Arvcrt », comme on dit aujour-d’hui « aller en Oleron ». Enfin le port de Brouage , qui fut au moyen âgeun des grands marchés d’échanges des bords de l’Océan et que l’on croitavoir été h portm Santomm de Ptolémée, n’est maintenant qu’une ruineéloignée de la mer. Il est vrai que les hommes ont aidé au travail de lanature : en 1586, les Ilochelais fermèrent le port de Brouage , « le plusbeau que la mer eut formé sur ces côtes, » en y coulant vingt bâtimentschargés de pierres à l’entrée du chenal.
Aux divers changements opérés par les progrès et les reculs de la mer sesont ajoutés ceux que produit la marche des sables. La chaîne des dunes quiborde le littoral de la Gascogne reprend au nord de l’estuaire de la Gironde ,et de promontoire en île, d’île en promontoire, se reforme çà et là jusqu’àl’embouchure de la Loire. Les dunes ou « pueclis » d’Arvert, entre la Gi-ronde et Maumusson , occupent une superficie de 900 kilomètres carrés,et l’un des monticules, près de la Tremblade, s’élève à 62 mètres. Lessables d’Arvert se distinguent de ceux des Landes par leur richesse encarbonate de chaux et en débris de coquillages; aussi a-t-on pu y culti-ver la garance comme dans les palus calcaires des campagnes d’Avignon .Mais si la composition des sables est différente, les phénomènes de mobilitésont les mêmes. « Les montagnes marchent en Àrvert, » disait un ancienproverbe. Nombreux sont les désastres occasionnés par le progrès desdunes depuis les temps historiques. Une ville, dite Anchoisne ou An-chouanne, s’est fréquemment déplacée devant les sables, comme l’écume
1 Massiou, Histoire de la Saintonge, tome I, p. 20.
2 Aicère, Massiou, Le Terme, Fleuriau de Bellevue, de Quatrefages.