GOLFE DE SAINT-MICHEL.
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ment en larges estuaires, le littoral est découpé en golfes et en baies quel’on voit changer incessamment de dimensions. On a calculé que lorsdes marées de vives eaux, la masse liquide qui baigne et délaisse alter-nativement la baie du mont Saint-Michel dépasse treize cents millionsde mètres cubes, quantité suffisante [tour alimenter un fleuve commela Seine à Paris pendant soixante jours. De pareilles masses, qui doi-vent en l’intervalle de quelques heures s’étaler sur les plages, puis s’en-fuir et s’équilibrer autour des îles et des archipels, forment dans les pas-sages étroits des courants très-rapides, de véritables fleuves contre lesquelsles navires à voiles sont trop faibles pour lutter. Aussi la roche qui se dressedans ce golfe où se heurtent les eaux contraires avait-elle reçu jadis desmarins normands le nom de Saint-Michel « en Péril de mer ».
Malgré les dangers (pie présente la lutte contre un ennemi aussi formi-dable que le flot de marée, l’homme ose l’entreprendre, et déjà il a recon-quis une part considérable de la région dont la mer s’était emparée. Toutela plaine des environs de Dol avait été jadis envahie par les eaux, et la butteisolée du mont Dol, si curieuse aux yeux des géologues par les quantitésd’animaux qu’y porta le flot à diverses époques, éléphants, unis, cerfs auxgrands andouillers, était à haute mer un îlot semblable au mont Saint-Michel et à Tombelène; mais ses quinze mille hectares de marais ont étérepris et transformés par un syndicat de propriétaires en excellentesterres de culture. Commencées au onzième siècle, les digues de reconquêtes’arrondissent en une vaste courbe, de Cancale à Pontorson, sur unelongueur d’environ 50 kilomètres, puis à l’est du Couesnon se continuentjusqu’à la pointe de la Rochetorin, qui limite le golfe de la Sélune : le murde défense est ainsi prolongé d’une quinzaine de kilomètres. Le rempartextérieur, qui sert de grande route, s’élève à une hauteur moyenne de
10 mètres; quoique défendu sur le côté du large par des enrochements,
11 a été souvent percé par les flots de tempête, et, les vingt-trois communesqu’il protège ont été partiellement inondées. Néanmoins la science hydrau-lique a fait d’assez grands progrès pour qu’il n’y ait aucune témérité àpousser plus avant les cultures et à transformer en polders les sables incer-tains de la baie. La construction d’un chemin de fer reliant le mont Saint-Michel à la côte aidera sans doute à reconquérir quelques centaines d’hec-tares; peut-être même ne sera-t-il pas impossible de reprendre hardiment,au moyen d’un rempart semi-circulaire, tous les fonds de la baie qui décou-vrent à marée basse. Le plus grand obstacle à l’œuvre de reconquête pro-vient, non de la mer, que l’on peut braver, mais des rivières, auxquellesil faut ménager une issue et dont il faut empêcher les divagations dans les
h.