LANGUE ET MŒURS DES BRETONS.
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manière que sur le basque, non par un déplacement de la limite géogra-phique, mais par la transformation graduelle des populations elles-mêmes.Les idiomes locaux se rapprochent sans cesse du français en lui empruntanttous les mots qui répondent à des idées nouvelles. Les écoles et, bien plus,la pratique de la vie moderne enseignent désormais le français à presquetous les Bretons; le nombre de ceux qui parlent seulement.l’idiome cel-tique diminue; ceux qui ne parlent que le français augmentent au con-traire : les paysans peuvent désormais comprendre les « gentilshommes »,car tel est le nom qu’ils donnent aux citadins, et la haine qu’ils avaientcontre eux s’est amoindrie. La victoire définitive de la langue la plus civiliséen’est donc pas douteuse. Toutefois le domaine du bas-breton reste le mêmeau point de vue géographique : la limite entre les Bretons « Gallois »> ou fran-cisés de l’est, et les Bretons « bretonnants » de la péninsule n’a que très-faiblement changé depuis le douzième siècle 1 . Avant cette époque, il estvrai, les fréquentes incursions des Normands, les massacres et la dépopu-lation qui en avaient été la conséquence, çà et là même des colonisa-tions nouvelles, avaient repoussé la frontière des langues vers la Bretagne occidentale; les points extrêmes à l’est avaient été reportés du golfe deSaint-Michel à celui de Saint-Brieuc , et des bords de la Loire à ceux de laVilaine ; mais depuis ces événements la limite des langues, si ce n’est surle littoral guérandais 2 , s’est à peine modifiée. Les noms de lieux qu’onvoit sur la carte indiquent déjà le contraste des langues : d’un côté se mon-trent à peine, au milieu des noms français , quelques appellations bretonnesdéjà changées par l’usage; de l’autre côté, elles sont au contraire fortnombreuses et se conservent en toute pureté; partout des noms faciles àcomprendre, commençant en général par des radicaux tels que : aber (havre),conc (port, conche), car , caër, ker (forteresse, manoir), coat , coët (bois),lan (terre consacrée), loc (lieu, ermitage), les (cour, juridiction), mené(montagne), mor (mer), penn (tête), pté, pieu , plou (peuple, tribu),ros (coteau), etc. On peut citer en exemples : Aber-Ildut, Concarneau , Car-liaix etKcrgrist, Coëtlogon, Landerneau , Locmariaker, Lesneven, Mené-IIom,Morlaix , Penmare’h, Ploubalay, Roscanvel.
Si les mœurs des Bas-Bretons diffèrent de celles des Bretons Gallois, ilfaut y voir, non l’effet d’une diversité d’origine, mais celui d’un isole-ment plus prolongé. D’ailleurs il n’y a rien dans la vie des Bretons dela péninsule qui se distingue absolument des coutumes qu’on retrouveçà et là dans les parties écartées de la France : telle pratique bretonne,
1 II. de Yillemarqué, Beddoe, HaUéguen.
4 Voir ci-dessus, p. 535.
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