NOUVELLE GÉOGIUI’IIIE UNIVERSELLE.
8-ÎC
forment l’idéal de la nation, ils peuvent constater sans peine que leschangements survenus pendant le cours des trois dernières générations dé-passent tous ceux qui avaient eu lieu durant les trois siècles antérieurs.La vie est devenue plus active; les événements se hâtent.
Le fait capital dans l’histoire ' e de la France est l’accroissementnaturel de sa population depuis le commencement du siècle. Lors de la Ré-volution, le nombre des habitants était inférieur d’un tiers à ce qu'il estaujourd’hui, et leur vie moyenne était plus courte que celle de leurs des-cendants actuels 1 . En moins de temps que ne dure une vie d’homme, desaméliorations graduelles ont donc, pour ainsi dire, agrandi la France d’unemoitié de sa surface, et les hommes qui l'habitent jouissent, [iris en masse,d’un bien-être matériel que ne connaissaient point nos pères. A ce point devue, le changement opéré dans l’espace du siècle est probablement plusconsidérable qu’il ne l'avait été dans les Gaules depuis les origines de l’his-toire écrite.
Mais si la population de la France s’est accrue, le taux d’accroissement aété bien moindre que celui de plusieurs autres pays d’Europe, l’Italie , l’An-gleterre, F Allemagne, la Russie . Le gain s’est ralenti, et dans quelquesannées exceptionnelles, on a même pu constater un recul. D’après lerecensement de 1872, la France a perdu plus de 450,000 habitants pen-dant les six années écoulées depuis le dénombrement de 1800, et celasans compter la diminution causée par l’annexion de l’Alsace-Lorraine àl’empire allemand . Les désastres de « l’année terrible », les batailles, lesexterminations en masse, la misère des sièges, qui a fait périr 00,000personnes à Paris seulement, les maladies des camps, ne suffisent pasà expliquer celle énorme déperdition de près d’un demi-million d’hom-mes. Il faut qu’il y ait eu, en outre des calamités déchaînées par laguerre, des causes profondes de mortalité ou de diminution dans les nais-sances 2 * * : à population égale, l’Angleterre eût gagné près de trois millionsd’habitants alors que la France en a perdu un demi-million. Il est vrai quedepuis 1872 un mouvement de reprise a commencé, mais ce mouvementest faible 5 , et s’il n’augmente pas, il n’amènera le doublement delà popu-lation qu’après un laps de plusieurs siècles. La France qui, par le nombredes hommes, occupait en 1800 le premier rang après la Russie , est main-
1 1784. Évaluation de Neeker. 21,800.000 habitants.
1872. Recensement officiel.. 56,105,000 »
2 Bertillon, Revue d'anthropologie , 1875.
5 Excédant des naissantes sur les morts en 1872. 172.950
» » » 1875. 101,775