800
nouvelle géographie universelle.
cécs sur mille points de la France , mais de manière à produire desrésultats incohérents et souvent opposés : on ne pourra les terminer qu’entravaillant d’après des plans d’ensemble et avec le concours de tous. C’estalors seulement que les diverses régions du territoire, dont la productiondiffère si étrangement, suivant le relief et la nature des terrains et les tra-ditions de la routine agricole, pourront toutes contribuer pour une partimportante à l’ensemble de la production.
Pour cet aménagement complet de la France , il reste encore beaucoup àfaire: la routine est puissante et le paysan méprise en général l’instructionthéorique; les trois écoles d’agriculture sont peu fréquentées 1 , mais les55 fermes-écoles sont plus appréciées. Une moitié de la France , on peutle dire, est encore cultivée suivant les vieux us traditionnels : même lesimple travail de défrichement des « terres vaines » est loin d’être achevé,eL de vastes étendues de bruyères, dans les Pyrénées, en Gascogne, en Bre-tagne, dans les plaines et sur les plateaux du centre delà France , atten-dent la charrue; les marais « gàts » du littoral de l’Ouest ne sont quepartiellement changés en prairies; la Camargue et les bords des étangsmarins du Languedoc sont encore des lieux mortels. La France ne pos-sède actuellement (pie "200,000 hectares de terres disposées pour recevoirles eaux d’irrigation, mais il existe une telle irrégularité dans la distribu-tion du liquide, qu’on ne peut guère évaluer à plus de la moitié la super-ficie du sol bien arrosé. Les rivières, mal réglées, dévastent fréquem-ment les campagnes, et dans les Alpes, les Cévennes, les Pyrénées , desrégions entières se dépeuplent à cause de la disparition du sol végétal, quene retiennent plus ni les racines des arbres, ni même les touffes d’herbes.11 est vrai que déboisement et civilisation ont été longtemps des termes cor-rélatifs 2 ; quand les forêts couvraient encore la plus grande étendue descampagnes, les clairières que faisait la hache étaient les étapes du cultiva-teur et du fondateur de villes ; mais il y a longtemps que la mesure a étédépassée dans l’œuvre de destruction. Quoique la France ait encore près dehuit millions d’hectares de forêts et de bois, soit plus de la septième partiede son territoire, elle est loin de se suffire pour la production du bois; ellefournit à peine le tiers de la quantité dont elle a besoin, et presque tout lebois de construction lui vient de l’étranger, au prix de plus de 100 millionspar an. On évalue à onze cent mille hectares la surface des terrains qu’ilserait utile de reboiser, mais quel que soit le zèle apporté à cette œuvre derestauration, quels que soient même les avantages immédiats du reboise-
1 Nombre des élèves dans les trois écoles de Grignon, de Montpellier et de Grand-Jouan : 157.
5 Alfred Manry, les Forêts de la Gaule et de l'ancienne France .