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Livre III. L'Europe Centrale.
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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

IV

Le Jura , où l’on a pu étudier tant de phénomènes curieux de géologie etd’hydrologie, est également la région où l’on a trouvé la preuve la plusdécisive de l’ancienne extension des glaciers : c’est en parcourant ces mon-tagnes que les hommes d’étude ont eu le premier pressentiment des âgespendant lesquels l’Europe fut en grande partie couverte de glaces mou-vantes. Les sommets du Jura versaient aussi sur les pentes des glaciers 1chargés de hlocs et de pierres; mais, outre ces débris, d’autres rochers quin’ont aucun rapport de formation avec les assises sous-jacentes sont éparssur le penchant oriental du Jura . « D’où proviennent ces prodigieux dé-combres? » se demandaient autrefois les géologues sans pouvoir résoudre leproblème. « Appartenaient-ils à des montagnes disparues? Sont-ils venus desAlpes , dont la crête est pourtant à une distance moyenne d’au moins 200 kilo-mètres? » Maintenant, on sait que cette dernière hypothèse était la vraie. Cesénormes hlocs erratiques sont bien descendus des Alpes , et l’on a pu mêmesignaler précisément les montagnes d’où plusieurs d’entre eux se sont déta-chés. Telle masse de granit faisait jadis partie du Mont-Rose ; telle roche demicaschiste est tombée du Saint-Gothard ; on connaît à la fois son origineet la route qu’elle a suivie. Jadis, tout le versant septentrional des Alpes était bordé d’une immense nappe de glace formée par le confluent de cinqénormes glaciers emplissant les vallées où coulent actuellement le Rhône ,l’Aar, la Reuss, la Lintli et le Rhin . Les pierres tombées des montagnes surles champs de névé descendaient peu à peu avec le fleuve mouvant desglaces ; mais, au lieu de s’arrêter alors au pied des vallées supérieures, ellescontinuaient leur route par-dessus les plaines basses et les dépressions pro-fondes que remplissent aujourd’hui les lacs. Elles auraient même continuéleur voyage en dehors de la Suisse , si elles n’avaient rencontré la barrièretransversale du Jura . C’est là qu’ elles ont dù s’échouer et que nous lesvoyons encore après des centaines et peut-être des milliers de siècles.Quelques-uns de ces hlocs, charriés par le glacier du Rhône , ont été portésainsi jusqu’à l’altitude de 1,400 mètres sur les flancs de la montagne duChasseron. Parmi ces masses, il en est qui peuvent être exploitées encarrière, et dont le volume est de 5,000 et même de 5,000 mètres cubes.On a constaté que les blocs erratiques ont échoué à la plus grande hauteur

1 Arnold Guyot , Bulletin de la Société des sciences naturelles de Neuchâtel.