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dans le paysage. Le val de la Limmat présente dans son parcours sixgrands remparts ébréchés, dont l’un a été laissé en plein lac par le front deglacier : c’est l'isthme de Rapperswyl, ulilisé dès le moyen âge pour laconstruction d’un pont de 1,000 mètres de longueur Une moraine porteaussi la ville de Zurich . Plusieurs autres cités placées à l’extrémité infé-rieure des lacs, et quelques-unes de celles qui se trouvent sur le plateausuisse proprement dit, sont bâties sur des amas de pierrailles apportées parles glaces ; telle est même, en partie, Berne , la capitale de la Suisse 1 . Aunord-ouest de Lucerne , cette région si curieuse qu’une inondation change-rait en îlots parallèles et où se trouvent les lacs de Sempach, de Baldegg , deIlallwyl et les marécages traversés par la Beuss, garde les traces de grandstransports de boues glaciaires. Une étendue considérable de la plaine acci-dentée qui sépare les Alpes du Jura , doit aussi aux moraines sa forme etl’aspect de ses paysages. Il est vrai que parmi ces amas de pierres nul n’aplus l’apparence chaotique d’autrefois. Revêtus de terre végétale, ils portentpresque tous des bouquets de bois et contrastent ainsi gracieusement avecles lacs qui les séparent, les petits cours d’eau qui serpentent au pied deleurs talus, et les cultures des campagnes environnantes. Les paysages lesplus charmants, à l’issue des lacs de Thun, de Zurich, de Bienne , sont pré-cisément dus à cette extrême diversité d’accidents, produits par le passagedes anciens glaciers 2 .
La flore des régions à moraines prouve que le changement des climats aété considérable à l’époque des envahissements de la glace. La grande plainequi sépare les Alpes et le Jura était encore recouverte par les eaux del’Océan pendant les âges miocènes ; les terrains qui se déposèrent alors,consistant en grès et en cailloux agglutinés, sont fort riches en fossilesvégétaux et animaux, dont les espèces témoignent d’une température am-biante de 18 à 20 degrés centigrades, analogue à celle de la Louisiane et dela Floride 3 . Mais à ce climat succéda celui du Groenland . Les plantesalpines, les mêmes que celles de la Laponie , descendirent des sommets dansles vallées et des vallées dans la plaine ; maintenant on les rencontredans toutes les parties delà Suisse où sont épars les blocs erratiques;la limite des apports de pierres coïncide partout avec l’existence d’uneflore d’aspect boréal. M. Martins, qui a tout spécialement étudié lesplantes du Nord et celles des hautes Alpes , dit que la vallée des Ponts,située dans le Jura neuchâtelois , à 1,000 mètres au-dessus du niveau de la
* A. Escher de la Linth, Oswald Ileer.
s Desor, Paysages moramiques.
3 Oswald Ileer, Le monde primitif de la Suisse , trad. par lJemole.