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Livre III. L'Europe Centrale.
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74 .NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

Romains apprirent à connaître le pays, plusieurs périodes successives decivilisation s’étaient écoulées sans laisser de souvenirs écrits, et c’est à notresiècle qu’il était réservé d’en découvrir les traces dans les grottes, sous leseaux des lacs et les mousses des tourbières. Les premiers restes de l’hommehelvétique et ses premiers outils ont été trouvés dans les cavernes. A Vey-rier, près du Mont-Salève , MM. Gosse et Thioly ont recueilli des ossementset des outils en bois de renne, qui racontent le genre de vie des troglo-dytes 1 . À Thayngen, non loin de Schaffhouse , d’autres grottes servantd’habitations humaines à l’époque du renne ont été explorées et ont livréde véritables trésors, parmi lesquels un os .sur lequel un grand artistedes âges lointains a gravé la forme d’un renne 2 ; des mammifères qui vi-vaient alors il ne reste plus en Suisse que trois espèces, le chat sauvage, leloup et le cerf 1 . Sur le versant méridional des Alpes , où la populationsemble avoir été différente, étrusque peut-être, on a trouvé aussi des tracesnombreuses de populations préhistoriques. Une des hautes vallées tribu-taires du Yal-Muggia, le Yal-Lavizzara ou « Yal-des-Poiiers, » est ainsi nom-mée de la pierre ollaire qui s’y trouve et que l’on utilisait autrefois pourfaire des marmites et des pots. Il est très-probable que ce nom rappelleune des époques de la civilisation primitive, alors que l’homme, encoreinhabile à tourner et à durcir l’argile, était obligé d’employer des vasesde pierre 4 .

Api 'ès la disparition du renne, lorsque les glaciers avaient depuis long-temps reculé vers les hautes vallées et que la mousse de Laponie était rem-placée dans les plaines par les forêts et les herbes des prés, d’autres popu-lations, celles des Lacustres, habitaient la contrée. Depuis longtemps lespêcheurs suisses connaissaient l’existence de rangées de pilotis dans les ansespeu profondes de certains lacs, mais ils n’avaient souci d’en connaître l’ori-gine, et les archéologues des environs y voyaient simplement les restes dedigues romaines. A la fin du siècle dernier, Razoumovsky 5 avait déjà entrevul’origine de ces débris ; mais ses explications avaient été oubliées, lors-qu’une découverte imprévue vint tout à coup mettre les savants sur latrace de la vérité. Pendant l’hiver de 1855 à 1854, le niveau du lac deZurich ayant baissé beaucoup plus que de coutume, les riverains d’Ober-meilen en profitèrent pour construire des digues en avant de l’ancienrivage et conquérir une vaste plage à leurs terrains de culture. C’est

1 Bulletin de l'Institut genevois , tome XV.

2 Albert lleim, Fund aus der Renlliier Zeil.

5 Rütimeyer, Yeründerungen der Thierwelt in der Schiveiz.

4 F. Keller; Gerster, Ausland, 1876, n° 24.

s Histoire naturelle du Jura et des trois lacs de Aeuchâtel , Bienne et Moral. Lausanne , 1789.