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Livre III. L'Europe Centrale.
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IMPORTANCE HISTORIQUE DU DANUBE ET DE SES AFFLUENTS. 135

va res, qui colonisèrent peu à peu l’Autriche , les Croisés en marche versConstantinople et, dans les temps modernes, les armées qui refoulèrent lesmusulmans, se dirigeaient en sens inverse le long du grand fleuve. Mêmepour la France, qui pourtant est située bien en dehors du bassin de la merNoire, le Danube était un magnifique chemin de guerre, dont ses arméesse sont fréquemment servies, mais que l’on a, non moins souvent, utilisécontre elle. C’est par la vallée du Danube que les Iluns, les Hongrois et lesImpériaux, à diverses reprises, abordèrent le sol des Gaules : les nombreusesbatailles livrées par les Français en Bavière , à la sortie des vallées du Tirol,et dans le voisinage même de Vienne , prouvent de quelle importance straté-gique était aussi pour eux cette voie naturelle qui longe la base septentrio-nale des Alpes. On s’étonne parfois que l’Inn, bien supérieur au Danube ,en amont du confluent, n’ait pas imposé son nom à la masse unie deseaux; mais ne faut-il pas en voir la raison dans l’infériorité de son rôlehistorique? Tandis que la vallée de l’Inn fut longtemps une impasse géo-graphique, aboutissant à des roches et à des glaciers difficiles à franchir, lehaut Danube continue à l’ouest le grand chemin des nations qui s’étend dela mer Noire aux montagnes de la Bohème et de laSouabe: telle est lacause qui a fait maintenir le même nom à la petite rivière de la Forêt-Noire et à la grande voie fluviale de FAusIro-IIongrie.

En servant ainsi de voie principale de communication, tantôt pour lesmigrations des peuples, tantôt pour les conflits de la guerre, entre l’Orientet l’Occident de l’Europe, le Danube , incessamment traversé par les hommesen marche, ne pouvait former de frontière entre les divers Etats, et nousvoyons, en effet, qu’au nord-ouest de la Serbie et de la Roumanie tousles royaumes qui se succèdent le long du fleuve, la Hongrie, l’Autriche , laBavière , même le Wurtemberg, en possèdent les deux bords. En revanche,plusieurs rivières, même peu considérables, qui de droite et de gauche vontse jeter dans le fleuve, sont des limites naturelles entre les populations etles États. C’est qu’en effet ces cours d’eau, placés en travers de la marchesuivie par les peuples ou les armées qui montaient ou descendaient le Da-nube , constituent des obstacles qui jadis étaient vraiment sérieux. Lesrivières torrentielles, avec les roches éparses dans leur champ d’inondation,les terres noyées de leurs bords ou les collines abruptes qui les bordent,leur lit incertain et changeant, semé de fondrières, la rapidité de leurcourant, étaient pour la plupart, du moins dans quelques saisons, plus dif-ficiles à franchir que le grand Danube , où du moins des flottilles de bateauxpeuvent manœuvrer à l’aise : lors, même que chacune de ces rivières, priseà part, n’arrêtait les envahisseurs que peu de temps, par leur ensemble