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Livre III. L'Europe Centrale.
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CONFINS MILITAIRES .

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noires ». Le service était des plus pénibles ; en hiver, il fallait affronter lestourmentes de, neige sur les plateaux; en été, s’exposer aux émanations desmarécages sur les hords du llouve. Vues de loin, les csardaks ou maison-nettes en bois, haut perchées sur pilotis au-dessus du niveau d’inondation,comme les cabanes des Papuas de la Nouvelle-Guinée , sont d’un effet très-piltoresipie; mais la vie y est des plus ennuyeuses, souvent des plus mal-saines, et des étrangers non acclimatés pourraient y périr promptement.

Suivant les époques, le temps du service actif variait pour les soldats dela frontière, mais en moyenne ils donnaient à l’Etat une semaine sur trois.En temps de guerre, le gouvernement pouvait compter sur une centaine demille hommes éprouvés, formidable armée qui avait eu, jusqu’au jour del'entrée en campagne, le grand avantage de se nourrir elle-même. Chaquesoldat avait reçu du lise militaire, le propriétaire suprême, un fief de terreet de cheptel, chacun cultivait son champ, récoltait ses propres moissons etsuffisait par son travail à l’entretien de sa famille, quand le gouvernementlui avait permis d’en avoir une. 11 n’avait point de paie, si ce n’est en tempsîle guerre ou de corvée exceptionnelle; ses chefs ne lui donnaient que desarmes. Eu échange de ce présent, il appartenait corps et âme au souverain.Sa vie tout entière était réglée jour par jour; de même celle de ses lils, quinaissaient soldats comme lui : quant aux lilles, elles ne pouvaient entrerdans l’armée, mais elles étaient déshéritées de droit lorsqu’elles ne deve-naient, pas femmes de soldats.

On comprend que pareil régime, dont le prince Eugène fut le prin-cipal organisateur, ait pu naître et se développer pendant les guerresincessantes de la Hongrie et de l’Autriche contre les Turcs. Alors tous leshabitants de la frontière, vivant dans des alarmes continuelles, dans ledanger des surprises et des batailles, devaient naturellement apprendrele métier de la guerre; ils ne pouvaient cultiver leurs champs que le fusilsur l’épaule; en outre, quelques territoires avaient été absolument dépeu-plés par les massacres successifs; on ne pouvait les occuper de nouveau quepar des colonies de soldats : au quinzième et au seizième siècle, les deuxrégions qui sont devenues les « régiments » de Varazdia et de Gornji-Kar-lovac étaient désignées sous les noms de desertum primum et de desertumsecundum 1 . Hais depuis longtemps les Turcs ne menacent plus les Confins;il n’y a plus à surveiller les frontières pour empêcher le passage de ban-dits, de pestiférés ou de marchandises infectées; néanmoins, nous l’avonsvu, le gouvernement ne se décide que de mauvaise grâce à libérer la popu-

1 I’icot. Les Serbes de Hongrie , p. 55.