POLONAIS ET RUTHÈNES.
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tricts, les populations, fort mélangées, parlent à la fois les deux langues etl’on ne sait à quelle souche elles appartiennent en majorité. Cependant onpeut considérer d’une manière générale la vallée du San, l’un des grandstributaires orientaux de la Yistule, comme étant la zone de séparation.Jadis, lorsque les Polonais étaient les maîtres du gouvernement et de l’ad-ministration, les intermédiaires naturels de la civilisation occidentale, c’estleur langue qui gagnait peu à peu sur le ruthène, idiome flottant qui n’a-vait pas un seul interprète littéraire; maintenant encore le dialecte slavedont se servent les habitants policés des villes situées à l’est du San est lepolonais classique. Mais dans la masse même du peuple il paraît qu’un re-flux s’est opéré; la prépondérance est désormais acquise à l’idiome des Ru-thènes, et ceux-ci ne cessent d’empiéter à l’ouest sur le territoire de leursanciens maîtres. D’ordinaire la religion, aussi bien que la langue, sertà distinguer les deux peuples, car les Polonais sont presque tous catho-liques romains, tandis que leurs voisins professent la religion grecqueunie. Les petits nobles ruthènes, ceux que l’on appelle par dérisionchodaczkota sslachta, les « gentilshommes à sandales », et qui diffèrentà peine des paysans par le genre de vie, professent aussi en maints en-droits la même religion'. Mais les propriétaires de grands domaines sontcatholiques pour la plupart; cependant, même sous le régime polonais ,des seigneurs du rite grec uni et de la religion byzantine avaient place ausénat et exerçaient les plus hauts emplois; plusieurs nobles, quoiquecatholiques romains, se rendent à l’église grecque, dont le rite leur estplus familier 2 .
Des Ruthènes ou Russes Rouges, appelés aussi Russincs et Oroszen , etquelquefois Rusniaques avec une certaine nuance de mépris immérité,appartiennent certainement au groupe russe des nations slaves, et, par suitede la différence de langue et de mœurs, ont toujours été en assez mauvaiseintelligence avec leurs cousins les Polonais. Aussi les panslavistes, qui cher-chent avant tout l’accroissement de la puissance russe, demandent-ils àgrands cris que leurs frères ruthènes puissent bientôt prendre part à lacommunion de la « Sainte Russie ». Toutefois les Russes Rouges se distin-guent nettement des Moscovites ou Grands-Russes par leur dialecte et leurgenre de vie, et parmi eux se trouvent les descendants de milliers de fugitifsque la dureté du servage ou la tyrannie politique avaient forcés à l’exilvolontaire. Retirés dans les hautes vallées des Carpales, ils y vécurent long-temps en communautés presque indépendantes et, séparés du reste du
1 Zimmermann, Ein Beitrag zttr Ethnographie Ost Galiziens , Mitth. (1er Geogr. Ges. inAVien, 1858.
2 Isidore Dzieduszickv, Notes manuscrites.