Band 
Livre III. L'Europe Centrale.
Seite
725
JPEG-Download
 

MARAIS ET TOl'RIUÈRES DU HANOVRE.

725

ils préfèrent beaucoup la terre flottante, qui n’est jamais noyée, jamaisaride. Le vent est pour eux un ennemi redoutable, car il a prise surles arbres et souvent il les déracine, bouleverse le sol, et parfois, déta-chant du rivage tout le terrain couvert de bois, le fait flotter au loincomme un « navire monté par des rameurs géants ». Pendant les hiversrigoureux, d’autres dangers menacent les cultures de cet étrange pays :l’eau et la terre se prennent en une même masse, puis, quand vientle moment du dégel, d’énormes blocs de terre se trouvent séparés del’ancien bord et s’en vont à la dérive, laissant à leur place des trousremplis d'eau, qu’on appelle des « blancs » ( lilanken ). Au plus fort dePliiver, il arrive parfois que des fentes ou spaujen se forment soudainavec un fracas de tonnerre sur une longueur de plusieurs kilomètres àtravers les lacs glacés et leurs rives, elles-mêmes remplies d’eau congelée.Tout est disloqué, rompu sur le parcours de la crevasse, les champs, lesmaisons, les digues : on a vu se tonner ainsi de véritables canaux surlesquels ont navigué les barques ‘.

Le mode de culture qui récemment encore était le seul employé dansles tourbières est une pratique tout à fait barbare. On commence parassécher quelque peu le sol en creusant des fossés autour du champ, puis,après avoir bêché la surface, on attend l’été pour mettre le feu au terrain,composé presque en entier de débris végétaux. Le sol incendié brûle jusqu’àhuit centimètres de profondeur environ, en répandant une acre fumée quis’élève à une grande hauteur dans l’atmosphère. C’est dans les cendresmêmes que sème le paysan : elles lui donnent d’abord du sarrasin pendantsix années consécutives, [mis de l'avoine et du seigle ; mais à la longue leurforce s’épuise, et [jour renouveler la vigueur productive du sol, il faut lelaisser reposer au moins [tendant trente années. Ce brûlis du sol tourbeuxfournit donc aux habitants, de génération en génération, quelques maigresrécoltes; mais les désavantages de l’incendie se font sentir au loin dans toutle pays. La fumée, qui monte parfois à 5,000 mètres 2 , est emportée par levent et couvre le ciel d’un voile noir ou grisâtre sur de vastes étendues; dansle mois de mai 1857, un vent du nord-ouest répandit celte fumée de bruvèresjusqu’à \iemie et à Cracovie et dessécha l'atmosphère de cet espace énorme,long de 900 kilomètres de l’ouest à l’est 3 ; en juillet 1805, la fumée se ré-pandit jusqu’à Marges, au bord du lac de Genève 1 . On a calculé que sur une

! J.-G. Kohl, Bas schwirnmen.de Land von Waakhusen, Xonlivestdeutsche Skizzen. l ,,r Band.

* Preslel, Ou» Lie.

5 ilittheilungen von Petermann, 1858.

4 Dufour ; — Prestel, Miüheilungen von Petermann, t. VI.