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Livre IX. L'Asie Antérieure.
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NOUVELLE GEOGRAPHIE UNIVERSELLE .

Depuis les commencements de l’ère historique, les deux fleuves n’ontcessé d’errer dans les plaines d’alluvions qu’ils ont formées à l’ouest dugolfe d’Alexandrettc. Actuellement, les bouches du Sarus et du Pyramussont distantes en droite liane de 1"2 kilomètres, mais il ressort des docu-ments anciens que souvent leurs courants se sont unis par une embou-chure commune. Depuis vingt-trois siècles, sept grands changements decours ont eu lieu : trois fois les fleuves se confondirent en un seul lit ; qua-tre fois ils se séparèrent 1 2 ; une faible coupure latérale suffirait pour lesréunir encore. En errant ainsi à travers la plaine, ils ne cessaient d’ajou-ter des terres nouvelles au continent. La « plaine des Turcs », Tchoukourova, et la plus grande partie de l’espace qui se prolonge de Tarse à Sis, à labase orientale du Taurus, sur plus de 100 kilomètres de distance, est leur« présent ». Le promontoire de lvara taeli ou la « Pierre Moire », qui sertde point d’appui méridional aux alluvions apportées, est une ancienne îlerattachée à la terre ferme; de même « le jour viendra », nous dit un oraclerapporté par Strahon, « le jour viendra où le Pyramus aux flots d’argentatteindra les bords sacrés de Chypre . » Les vases qui bordent les deuxembouchures sont encore indécises entre la terre et la mer; flore et faunel'appellent le séjour récent de la vague marine; les eaux sont remplies depoissons, dont les mouvements incessants se révèlent par les frémissementsde la surface liquide; des myriades d’oiseaux aquatiques, pélicans, cygnes,oies et canards, couvrent les bancs de sable, et d’énormes tortues che-minent dans les vases 9 .

Considérée dans son ensemble, l’Asie Mineure est plus froide que lespresqu'îles de l’Europe sous la même latitude et les températures y sontplus extrêmes. Le contraste s’explique : tandis que l’Espagne, l’Italie , laTlirace et la Grèce sont protégées contre les vents polaires par les Pyré-nées, les Alpes, les Balkans, l’Anatolie est partiellement exposée à ces cou-rants aériens, qui ne rencontrent aucun obstacle à travers les plaines de laRussie et l’étendue de la mer Moire. La partie même du littoral de l’AsieMineure que baignent les eaux du Pont-Euxin fournit un exemple frappantdu changement que l’abri d’une chaîne de montagnes produit dans le cli-mat. Ainsi la zone occidentale de la côte comprise entre Constantinople etSinope est exposée aux froids rigoureux de l’hiver, aux fortes chaleurs

1 P. de Tchihatcheff, ouvrage cité; — V. Langlois, Voyage dans la Cilicie .

2 Fr. Reaufort, Caramania ; — Burckhardl Barker, Lares and Penales .