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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE
diffère des résidents que par son genre de vie et par scs traditions d’in-dépendance; elle constitue un inonde à part et cherche à s’en distinguerpar les armes et le costume. Ceux qui à cet égard ont le mieux réussisont les Zeïhck des montagnes du Misoghis. Ces Turcs, descendants del’une des premières handes de conquérants arrivés dans le pays, ontgardé pleine conscience de la gloire des aïeux et, à l’exception des vieil-lards, qui prennent le costume simple des paysans turcs, ils cherchent àimposer par l’éclat de leurs vêtements. Presque tous grands et forts, il leurfaut en outre étonner la foule par la richesse de leur veste hrodée, l’am-pleur de leur ceinture, la hauteur de leur honnet d’étoffes diverses, lesdimensions et la richesse de leurs armes. C’est à tort que l’imaginationpopulaire voit en eux une population de bandits; ce sont des fds de guer-riers, ayant leurs traditions d’honneur et la pratique de l’hospitalité, maispleins d’orgueil : ainsi que le dit leur nom, ils sont « leurs propresprinces »; ils croient que le monde leur appartient. C’est en vain que legouvernement turc a voulu leur interdire le port de leur costume pour lesassimiler au reste de la population : ils préféraient se faire brigands. Ona eu recours à un autre moyen de les discipliner : presque tous leurs jeunesgens ont été enrôlés et des milliers d’entre eux sont morts sur les champsde bataille de la Bulgarie .
« Turcs », dans le langage usuel, sont tous les musulmans sédentairesde l’Asie Mineure, quelle que soit leur origine. Les nombreux Albanaisdont le service militaire a fait malgré eux des habitants de la Péninsulesont tenus pour Turcs , quoique par leurs ancêtres pélasges ils soient lesfrères des Grecs; les Bosniaques et les Bulgares mahométans, que l’exilvolontaire ou forcé a, depuis les récentes guerres, jetés par centaines demilliers au delà du Bosphore , sont aussi appelés Turcs, quoi qu’ils appar-tiennent à la même race que les Serbes, les Croates et les Busses qui lesont expulsés. Les Tartares Xogaï, immigrés de Crimée , reçoivent plus jus-tement ce nom de Turcs , auquel ils ont droit par leur origine et leur lan-gage; mais Turcs aussi sont les fonctionnaires, fils de Géorgiennes ou deCircasicnnes, et descendant par leurs ancêtres de toutes les nations dont lescaptives ont peuplé les harems. Enfin, on classe aussi parmi les Osmanli les descendants des Arabes et ceux des Africains noirs de toute prove-nance qu’introduisit jadis la traite des esclaves; en mainte cité de l’AsieMineure, une grande partie de la population est évidemment croisée denègres. Dans le Djebel-Missis, près d’Adana ', des villages sont entièrement
Favre et .Mandrot, Bulletin de la Société de Géographie de Paris, 1" semestre 1878.