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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
comme le Persan s’y laisse aller trop volontiers. Sa foi lui suffit; il luisemblerait, malséant d’interroger l’hôte sur les secrets de la conscience.
Dans la famille, la bienveillance, l’équité du Turc ne se démentent point.En dépit de l’autorisation que donne le Coran et malgré l’exemple despachas, la monogamie est de règle chez les Osmanli d’Asie , et l’on cite desvilles entières, comme Phocée, qui ne présentent pas un seul cas de poly-gamie. Dans les campagnes, il est vrai, des Turcs prennent une secondefemme, « pour avoir une servante de plus 1 » ; de même, dans quelques villesindustrielles, ils augmentent par le mariage le nombre de leurs ouvrières.Mais qu'il ait une ou plusieurs femmes, le Turc est en général beaucoupplus respectueux des liens conjugaux que les Occidentaux; quoi qu’on endise par habitude, la famille n’est pas moins unie chez les Osmanlimusulmans que chez les chrétiens d’Europe . Maîtresse absolue dans sonintérieur, la femme est toujours traitée avec bienveillance; les enfants,si jeunes qu’ils soient, sont déjà considérés comme des égaux en droit,et sans forfanterie, avec une gravité naturelle qui semble au-dessusde leur âge, ils prennent part à la conversation des grands; maisvienne l’heure du jeu, ils courent, luttent, sautent, cabriolent avec nonmoins d’entrain que les enfants d’Europe , ha bonté naturelle des Turcss’étend presque toujours aux animaux domestiques, et dans maint dis-trict les ânes ont encore droit à deux jours de congé par semaine. La basse-cour, présidée par la « pieuse » cigogne, qui perche sur une branche deplatane ou sur le faîte de la demeure, présente aussi le tableau d’unefamille heureuse. Dans les villages où sont représentées les deux racesprépondérantes, les Turcs et les Grecs, il n’est pas nécessaire d’entrer dansles demeures pour connaître la nationalité de ceux qui les habitent : c’estle toit du Turc qu’a choisi la cigogne 2 .
Quoique descendants de la race conquérante, dans laquelle se recrutentsurtout les fonctionnaires du gouvernement, les Turcs ne sont pas moinsopprimés que les autres nationalités de l’Empire, et dans les ambassadespersonne n’intercède en leur faveur. L’impôt, affermé d’ordinaire à desArméniens, devenus en réalité les pires oppresseurs de la contrée, pèse lour-dement sur les pauvres Osmanli, accablés en outre de bien d’autres charges.Quand passent des fonctionnaires ou des soldats, les villageois sont obligésde fournir gratuitement à tous les besoins des visiteurs, et souvent cettehospitalité forcée les appauvrit autant que l’eùt fait un pillage régulier.
1 G. Perrot, Xotes manuscrites.
3 Spratt and Forbes, Travels in Ltjcia