A L’ÉLOGE D’OLIVIER. DE SERRES. Ixxxj
En embellissant les villes où ils sont placés , ilsappellent les étrangers avides d’instruction, ceuxqui aiment à contempler les traits d’un hommecélèbre, et ils honorent autant la Nation qui lesélève, que la mémoire de ceux auxquels ils sontconsacrés.
Depuis long-temps celle d’OnviER deSerres , sieur du Pradel, réclame les hon-neurs dus aux grands hommes. La voix pu-blique , celle de nos législateurs , l’opinion dessavans , le vœu des agriculteurs , celui desétrangers même, lui désignent une récompensedigne des services qu’il rendit à la France , etque ses ouvrages classiques lui rendront de plusen plus , tant qu’on méditera les préceptes d’unagriculteur-pratique , qui les prouva par dessuccès.
Pour en connoître l’importance , il faut sereporter au temps où Olivier de Serres les promulgua. Depuis i56o , la France étoiten proie aux dissentions intestines ; des gensarmés fouloient sous leurs pieds les campagneset en dévoroient les fruits : le cultivateur labou-roit à regret des terres condamnées à un pillagepériodique. C’est pendant cette cessation desdroits du propriétaire , qu’OniviER de Serresprenant tour-à-tour la charrue et la plume , ré-paroit les maux de la guerre civile , fïxoit dansdes écrits lumineux ses pénibles observations ,et préparoit la France aux douceurs de la paixqu’Henri IV lui donna.
Il faisoit plus ; il méditoit les moyens de con-centrer dans sa patrie les sommes immenses quien sortoient pour l’achat des soies nécessairesà nos manufactures naissantes ; et tandis queSully les élevoit et les encourageoit, le vieil-lard agriculteur ne cessoit de la pourvoir de sesplants de mûriers , qui devenoient une produc-tion nationale. Ainsi son génie bienfaisant ,après avoir raffermi les bases de l’agriculturenécessaire à la subsistance du peuple, s’occu-poit du luxe qui devoit l’enrichir; ainsi se véri-fioit sa prédiction : et la France s’est rédiméede plus de quatre millions d’or que le Piémonten retiroit annuellement.
Il faudroit extraire une partie de son estimableouvrage, si l’on vouloit faire connoître l’impor-tance des leçons qu’il a données à tous les peuples :
elles siûmt mêlées de maximes laconiques , deprovierrbies économiques , et enrichies de traitsd’unie miorale pure et de ce quiétisme philoso-phique: qui attache l’homme au sol qu’il cultiveet lui montre ses plaisirs dans les travaux del’agrüctul ture. Ces leçons, d’abord pratiquées au-tour d”C>LiviER de Serres, se sont répanduesde prroiche en proche : elles couvrent la France de mioiis.sons, de vignobles , de prairies ; ellesont piéinéitré jusques chez les nations rivales dela Framice. Mais telle est la fatalité attachéeaux s;o)in,s des véritables bienfaiteurs de l’huma-nité s île nom de Marius , inscrit sur un bou-clier die l’arc d’Orange , y éternise la mémoirede ce't Ihcimme farouche; un arc triomphal, placépar diess Romains sur des campagnes dévastées,perpëtiue:ra un nom souvent odieux , tandis quel’éc.ri vaiirt agronome qui aura revivifié les plainessur m'Omtées de ce monument de destruction, nevivra pja.s même dans le souvenir de ceux quilui d obvient leur existence , leur fortune , leurbonhieuir.
Le piréfet du département de l’Ardèche , té-moin ide:s bienfaits dont Olivier de Serres a enricthii sa patrie , partageant avec tous lesvrais pjh.ilantropes la vénération que ce grandhomimee inspire , se propose de venger sa mé-moire} id’iun oubli de deux siècles , et d’élever unmonuimient au premier et au plus utile des écri-vains'. lagronomiques de la France (i).
Ce miomument sera élevé sous les auspices d’unGouverrnement, juste appréciateur du mérite.
Souisi le consulat de N. BONAPARTE:il viemt; de montrer un grand homme de plus àl’Europie , et il est jaloux de lui montrer encoretous ceiux que la France a produits. D’ailleurs ,les padimies qu’il a cueillies , les lauriers dontson froint est couvert, l’olive qu’il présente auxNatioints, naissent et croissent par les soins del’agrieudt.eur. Ces emblèmes avertissent les con-quérants; qu’ils reçoivent le prix le plus flatteurde leuirsî travaux , des mains de la simple nature,et que lleiur gloire est en quelque sorte liée parquelquies brins d’herbe au premier des arts et
(i) ILe:tt;re du C. Benezech , ministre de l’intérieur ,aux IVleimbres du Conseil d’agriculture. Voyez ci-de-vant , N 10 . III.
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