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Tome I.
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LXXXIII
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ESSAI HISTORIQUE

lxxxiij

SUR

LÉTAT DE LAGRICULTURE EN EUROPE

AU SEIZIÈME SIÈCLE.

Par le C. GRÉGOIRE.

Léternel Ordonnateur des mondes a disséminé sur la terre les germesréparateurs de tous les êtres , qui , jouissant de la vie, sont, par - même,condamnés à la perdre.

Ministre de ses volontés , la nature féconde obéit à la voix de lhomme, qui,par lagriculture , agrandit le domaine de ses jouissances, et recule , pour ainsiaire, les bornes de la création. Rien ne seroit plus curieux et plus utile quune his-toire détaillée de ce quont fait, en traversant les âges, dans les différentes régions,les sections diverses de la famille humaine, pour se nourrir, se vêtir et sabriter.Les aberrations de lesprit systématique , les pratiques vicieuses , les préjugésridicules ou désastreux, ne doivent pas échapper aux recherches de lhistorien.Il importe également de faire connoître les erreurs qui marquent lécueil, et lestentatives couronnées de succès, qui indiquent la route. Cest ainsi que le passédevient lhéritage de lavenir ; et quoique, suivant lexpression de Fontenelle }les sottises des pères soient perdues pour leurs enfans, lhistoire , en indiquantles maux , montre les remèdes, comme si, à raison de leur efficacité, onpouvoit se promettre que les hommes auront toujours soin dy recourir.

Mais trouver les monumens dont se composeroit cette histoire ? puiserles détails circonstanciés de ce quont fait les peuplades humaines pour seconderla fécondité de la nature, pour vaincre les obstacles résultans du sol et du climat,pour les défrichemens, le saignement des terres inondées, lirrigation des terreinssecs, la cicuration{\ ),léducation, les maladies des animaux associés aux travauxet aux besoins de lhomme , la nature et lemploi des engrais , lassolement desterres, l'acclimatement et la culture des plantes céréales, oléagineuses, textiles,tinctoriales et à fourrages, celle des arbres à fruit, et spécialement celle de

(i) Je hasarde ce mot, daprès le verbelatin cicurare. Notre langue noffre rien qui

le remplace : apprivoisement ne dit pas assez ;domestication seroit barbare.