ESSAI HISTORIQUE
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L’abus fit chercher le remède ; de-là naquirent plusieurs lois, émanées de roisassez ignorans pour croire que tout se lait par des règlemens, tandis que leshommes soumis à l’empire de l’éducation, de l’opinion, de l’habitude, sontpresqu’entièrement gouvernés par elles.
Un édit de i5o4> rapporté par Duarte Nunès de Leaô , dans sa collectiondes Extravagantes ( 1 ) , ordonne de nettoyer les champs ensemencés , d’enarracher les mauvaises herbes : si la famille est insuffisante , le chef aura recoursà d’autres personnes 5 s’il tombe de la pluie, ou des brouillards sans vent, il irachaque matin avec son fils ou son serviteur , au moyen d’une corde dont chacuntiendra un bout, secouer l’humidité répandue sur la fane, sinon il sera amendé dequatre mille reis par muid de semence, ce qui revient à environ vingt-cinq francsde notre monnoie.
En i52i , le roi Emmanuel fit une ordonnance , portant que tout hommede travail surpris au jeu, un jour ouvrable, payeroit cinq cent reis de cadea,(environ trois francs). En i5zy , Jean III condamna aux peines suivantes
a uiconque exportera des troupeaux de Portugal : s’il est peaô ( prolétaire ) ,sera fouetté avec cri public , exposé au pilori, disloqué d’un pied , déporté àl’ile Saint-Thomas , et tous sesbiens serontsaisis ; s’il est hidalgo (gentilhomme),il perdra tous ses biens et subira un exil de sept ans en Afrique ( 2 ).
Eni564, une loi renouvelle l’ordre de nettoyer les champs ensemencés,c’est-à-dire , de faire par devoir ce que précédemment on faisoit par goût.
Vers cette époque on perdit encore deux branches importantes : les soiesd’Orient firent négliger les mûriers, et le sucre des îles fit négliger l’éducationdes abeilles , non seulement en Portugal , mais dans presque toute l’Europe .
La décadence de l’agriculture en Portugal , aux seizième et dix-septièmesiècles, s’accrut dans une progression alarmante. Il est à remarquer qu’on entrouve des preuves jusques dans le dictionnaire de la langue. Diverses espècesd’arbres et de légumes cultivés par les Maures , et qui l’ont été de même par lesPortugais , puisqu’ils ont des noms propres dans les auteurs des quatorzième etquinzième siècles , n’existent plus en Portugal : de ce nombre sont, le pistachier,et le almixa des Maures (cordia myxa des botanistes), qui donne le sebeste.
Parmi les causes qui conduisirent à cet état de dégénération les vainqueursde l’Inde , on assigne spécialement les suivantes, comme ayant agi avec plus deforce : i°. l’Inquisition , établie en i53p ; 2 0 . le système réglementaire , pourtaxer les produits les plus importans de la terre ; 3°. les chasses royales ; 4 0, ^ eslois sur la remonte de la cavalerie et les haras.
i°. Dans la loi de 1774 > qui donne à l’Inquisition une nouvelle forme, le roiJoseph annonce , d’après l’examen des archives, que, dans l’espace de deuxsiècles , l’Inquisition avoit brûlé plus de quinze cent victimes, et confisqué lesbiens de plus de vingt-trois mille familles. Le plus grand nombre de ces horreursappartiennent sans doute au seizième siècle, qui est le premier de ce tribunal:or, il faut remarquer que ceux qui sortoient de l’Inquisition , absous, après bien
( 2 ) Memorias de Litteratura Portugueza,etc. , tome II, pages 3i et 32.