SUR L’AGRICULTURE.
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des années de prison, étoient à-peu-près également ruinés, comme ceux dontelle confisquoit les biens ; par conséquent, on est loin de l’exagération , en sup-posant vingt-trois mille autres familles ruinées. Ce fléau n’étoit pas répartiavec égalité sur tout le royaume ; mais il tomboit tantôt sur une ville , tantôtsur une autre, en laissant des traces profondes de dévastation. En 1785,on montroit encore aux voyageurs, dans les villes d’Avis et de Souzel , lespreuves existantes des ravages que l’Inquisition y avoit commis trente ans aupa-ravant : des rues entières étoient désertes, les maisons ruinées ; et de vastesterreins, dans les campagnes fertiles , étoient couverts de buissons et de ronces.
Ces désordres en amenèrent un autre, fatal à l’agriculture. Les maliométansont une institution qu’ils appellent vakouf ; elle consiste à substituer des biensqui restent toujours Hypothéqués à une mosquée, ou fondation pieuse, pour lepayement d’une somme annuelle : les descendans du substituteur les admi-nistrent , et jouissent du surplus de revenu ; à l’extinction de la famille, lamosquée s’en empare, et le souverain en donne l’administration à une autrefamille. Ces biens ne peuvent pas être aliénés, et s’ils le sont, ils peuvent être re-pris. Cette institution mahométane s’est perpétuée en Portugal , où les premiersrois la sanctifièrent , en donnant aux élgises ce qui appartenoit aux mosquées.
Une loi fameuse de Jean III , ordonna que de telles fondations, une foisacceptées par l’église, subsisteroient, quand même on prouveroit qu’elles sontinstituées pour frauder les créanciers de l’instituteur. Or, du temps des ra-vages de l’Inquisition , les propriétaires trouvèrent que c’étoit l’unique moyende conserver des biens dans leurs familles , malgré le saint Office. Insen-siblement tout le royaume fut rempli de capeLias ainsi nomme-t-on cessubstitutions; la circulation des biens-fonds devint nulle , et l’agriculture ensouffrit horriblement. Le marquis de Pombal , au grand chagrin du clergé, fitabolir légalement toutes ces substitutions dont le revenu net seroit moindre dedouze cent cinquante francs. Les résultats de cette loi, qui n’exista que quatreà cinq ans, ont été très-lieureux. A la mort du roi Joseph , une des premièressollicitudes du légat Muti Bussi fut de faire abolir cette loi ; mais il ne l’obtintqu’en partie. Il est dit dans le préambule, que les messes payées au clergé parces substitutions étoient si nombreuses, que, d’après un calcul rigoureux, sitous les individus mâles du Portugal étoient prêtres, en disant la messe tousles jours , ils ne pourroient pas encore atteindre au nombre requis. L’hono-raire de ces messes étoit un impôt de plus sur l’agriculture.
2°. Le système réglementaire du prix des denrées de première nécessité aété une manie dans plusieurs contrées de l’Europe , à l’époque dont nous par-lons ; mais, par des circonstances particulières, il n’a été peut-être nulle part sifatal qu’en Portugal . Dans le quinzième siècle et très-avant dans le seizième ,une grande partie des Etats de Fez et de Maroc étant soumis au Portugal ,y entretenoient l’abondance , et même fournissoient de quoi faire un commercede blé avec l’étranger ; ces provinces africaines furent abandonnées et per-dues , pour courir après les richesses de l’Inde . La disette se fît sentir dansles provinces portugaises de l’Europe, qui, à l’exception de l’Alentejo , ne sontpas généralement bien fertiles.