CX1V
ESSAI HISTORIQUE
Russie.
Dans l’iiistoire de la société civile , la période la plus remarquable est lepassage de la vie nomade à l’état agricole. Tooke applique cette réflexion à laRussie ( 1 ), sur l’agriculture de laquelle nous allons dire quelques mots, enfaisant observer au lecteur, qu’il est bien plus aisé de savoir ce qu’elle est quece qu’elle fut au seizième siècle.
Gmelin , Lepechin , Guide ns te tt, Pallas , et d’autres savans , ont jeté ungrand jour sur l’état actuel de cet Empire, où la diversité de sols et de climatsappelle toutes les tentatives agronomiques et promet des succès. La guède , lechanvre, et d’autres plantes non moins utiles, y sont indigènes. P allas a trouvédes terres productives jusqu’en Sibérie . Le canton de Demiansk , à cinquante-neuf degrés et demi dans le gouvernement de Tobolsk , récolte de l’orge et del’avoine , et ce n’est pas le dernier terme de latitude pour la végétation. Il y asans doute des pâturages vers Archangel , qui est encore plus au nord, puisqu ony a de belles vaches dont la race est venue de Hollande ( 2 ). Pontoppidanassure que la Finmarchie est productive jusqu’au soixante-huitième degré (3).D’ailleurs , suivant Horreboyv, dans la Laponie , dont ce pays fait partie , ladistance de la semaille à la moisson n’est que de six à sept semaines (4)*
Une louable émulation vivifie l’agriculture dans les provinces où la tempé-rature est moins rigoureuse, sur-tout vers les bords du Don et du Wolga ; lemiel et la cire y forment une branche importante de commerce. Tooke prétendque la Tauride deviendra la Champagne de la Russie (5) ; la culture de la vigne,dans cette province, lui paroît un reste de la culture grecque : cette opinion n’arien d’improbable.
Olearius nous apprend qu’en i6i3, des marchands de la Perse ayant portéla vigne à Astracan, elle y fut cultivée par un moine Autrichien, résidant alorsdans cette ville. Le czar en trouva le fruit excellent ; le moine fut encouragé ,et cette contrée dut à ses soins un genre de culture qui prospère (6).
La stérilité de l’histoire de Russie , à l’époquequi nous occupe, fera pardonnerla brièveté de cet article. Mais aurions-nous pu garder le silence sur cetteimmense région, vers laquelle se dirigent si souvent les regards de la politique,sur laquelle se reposent déjà avec intérêt ceux de la philosophie, et qui, liantl’Europe à l’Asie , occupera une place éminente dans l’histoire de l’espècehumaine , lorsque des tribus encore nomades , ayant fixé leur domicile, verrontarriver au milieu d’elles tous les arts , enfans de la civilisation ; lorsque la sup-pression du servage y relèvera les fronts humiliés ; lorsque la déclaration desdroits de l’homme , du citoyen , du peuple, éclairant l’horizon du Nord , éta-blissant le jugement par jury, appelant à des assemblées nationales , perma-
(1) View of the Russian Empire, etc.Jjyndon , 1802 , 3 vol, in-8°.
(2) Ibid.
(3) The NaturalHistory of Norway ,etc.,page 98.