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ESSAI HISTORIQUE
Les faits se seroient entassés sous la main de l’écrivain courageux qui eût peintles malheurs des paysans accablés sous le poids de la féodalité , des corvées ,et de toutes les charges publiques.
Ouvrez le Code rural de Boucher d’Argis , les trois volumes qui le com-posent sont le manuel de la tyrannie. Il contient une multitude de règlemenssur la chasse , les banalités , les droits honorifiques, etc., mais presque rien enfaveur de l’homme qui travaille à la terre ( 1 ). Il en est de même du droit coutu-mier : à peine trouve-t-on quelques vestiges de bienveillance envers le culti-vateur, même dans les codes rédigés par les pays d’Etat, tels que la Lorraine j
f jarce que , en dernier résultat, l’autorité législative , qui est une propriété ina-iénable du peuple, étoit entre les mains des nobles. J’en excepte la coutumede la Bresse , dans les Vosges , monument de républicanisme antérieur àl’existence de la République .
Sous Henri IV , le commerce des grains jouit de la liberté. Plus bas, nousparlerons de ses efforts pour encourager la culture du mûrier.
Sully , dans ses Économies royales } prétend que l’État se passeroit mieux,pour les commodités de la vie , des gens d’église, nobles, officiers de justiceet financiers , que de marchands , artisans, pasteurs et laboureurs. La premièrechose à faire étoit de rectifier la législation dans ses rapports avec l’art rustique ;jusques-là qu’avoit-on fait pour elle ? rien ou presque rien.
Malgré les erreurs de la politique, l’agriculture se ressentit, en France ,du mouvement imprimé, dans le seizième siècle , aux sciences et aux lettres.Dès i535, Charles Estienne avoit publié un ouvrage sur les jardins ; successi-vement il en donna d’autres sur les semis et plantations , sur la culture de lavigne, des prés , des bois , sur les étangs, etc. ( 2 ). Ces traités , réimprimésplusieurs fois, furent réunis , en i554 , sous le titre de Prœdium rusticum.En i565 , il publia XAgriculture et Maison rustique (3). Cet ouvrage ,augmenté, en i5yo, jiarJean Liebaut, son gendre, n’est guère qu’un extrait desAnciens, copié sans discernement, ainsi que l’avoit fait Vincent de Beauvais :on y trouve des inepties , comme de croire , d’après Varron que les chèvresont toujours la fièvre 5 la manière de faire cuire les oeufs, en les agitant dansune fronde , ineptie réimprimée dans la Nouvelle Maison Rustique ; lamanière de faire crever les chenilles sur les choux, en faisant promener dansles carrés une femme échevelée, les pieds nus, etc. Et voyez comme les erreurstraversent les âges ! Cette sottise, attribuée à Oémocrite , et qu’Ori yier deSerres tourne en ridicule, se retrouve dans Columelle , dans Ballade , dansCharles Estienne , etc. Les meilleurs esprits sont-ils donc condamnés à payer
( 1 ) Code Rural, ou Maximes et 'Règle-mens concernant les Riens de campagne ; no-tamment les fiefs, droits seigneuriaux , etc.Paris , 1774 » in-ia, troisième édition.
( 2 ) De Re Hortensi Libellus. Pa ris iis ,i535 , in-8°. — Seminarium et Plantariumfructiferarum, prcvsertim Arborum , etc. Pa-ris iis , i536 , in-8°. — Vinetum, in quo
varia vitium, uvarum , vinorum , etc. Pa-risiis , i53 7 , in- 8 °. — Arbustum , Fonticu-lus, Spinetum. Parisiis, i538, in- 8 °. —Sylva, Frutetum, Collis. Parisiis, i538,in- 8 °. — Pratum, Lacus, Arundinetum.Parisiis , i 543, in- 8 °.
(3) Imprimée la même année , à Paris ,in- 4 0 . , et à Lyon , in- 16 .