SUR L’AGRICULTURE.
CXXXJ
leurs terres ; en sorte que leur travail n’est guère , dit-il , que semer et mois-sonner (1). Tel, ajoute-t-il, n’ensemence son champ qu’à la quatorzième raie,croyant par-là suppléer au fumier. L’auteur est loin de partager cette opinion ,et il censure la paresse de ses compatriotes à cet égard, quoique d’ailleurs illoue leur zèle pour l’agriculture.
L’ouvrage de Quiqueran est indigeste et confus. Semblable à ce prédicateurdont parle Erasme , qui de la Trinité passe à la quadrature du cercle, Quiqueranintercale dans les détails ruraux une longue digression contre Cicéron , etc. ;mais son livre est utile pour connoître les procédés agronomiques de son pays etde son temps. A point nommé, dit-il, on voit arriver des troupes de Savoyards au pied ferré, sales, rudes, laborieux, pour faire la moisson en Provence . L’his-toire ne doit pas dédaigner ces migrations périodiques d’une contrée dans uneautre, pour y exercer quelques branches d’industrie : telles sont celle de ces esti-mables Savoisiens répandus dans toute la France ; celle des babitans de la Bresse et du Bugey , pour peigner les chanvres ; celle des Limosins , des Auvergnats,des Gallegos en Espagne , des Westphaliens qui, au nombre de quarante mille,vont annuellement en Hollande pour la fauchaison, l’extraction des tourbes, etc.Je ne sais pourquoi on y a, de ces hommes utiles, une opinion voisine du mépris.
Du temps de Strabon , on trouvoit la vigne sur les côtes méridionales de laFrance , quoique , suivant le même auteur, le raisin mûrît difficilement au norddes Cévennes. Bientôt les défrichemens ayant rendu le pays moins humide,la vigne s’avança rapidement vers le nord, à tel point, que sept ou huit sièclesaprès, on la trouvoit dans des contrées qui ne l’ont plus : tels sont le pays deCaux, les environs de Caen , le Bec, Jumiège, Corbie , l’Artois, la Belgique .Baccius dit que Louvain se glorifie de ses vendanges (2). A11 surplus, lalatitude n’est pas la seule règle d’après laquelle on puisse déterminer la possi-bilité de cette culture : la hauteur des montagnes qui servent d’abri, une heu-reuse exposition, et d’autres causes, doivent entrer dans les élémens de ce calcul.
Deux fois les vignes furent arrachées en France , par l’ordre de deux hommesdont les noms ne réveillent que des sentimens d’horreur, Domitien et Charles IX .Ce dernier fit détruire une partie de celles de la Guyenne. Henri III , en 1 b’jj,modifia cette injonction , en recommandant seulement aux gouverneurs des pro-vinces d’empêcher que la culture de la vigne n’acquît une extension préjudi-ciable à celle du froment. Une ordonnance de police avoit déjà statué la mêmechose , deux ans auparavant.
La vigne avoit été, jadis , cultivée jusques dans les emplacemens qui formentle centre de Paris j car, en 1160 , Louis-le-Jeune avoit assigné au curé de Saint-Nicolas six muids de vin , à prendre annuellement sur le produit d’une pièce devigne qui étoit dans les jardins du Louvre ( 3 ).
(1) De Laudibus Provinciæ. Parisiis,i 55 i , in-fol., lib. I, cap. XV. Cetouvragea été traduit en françois par F. de Claret,sous ce titre : La Nouvelle Agriculture, ouInstruction générale pour ensementer toutessortes d’arbresfruictiers, avec divers traietez