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Tome I.
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CLXXIII
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POÉSIES.

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Je te veux donner encore ,

Qui décore

Ton front, cest un beau laurier :

Avec un habit de soye ,

Et quon voye ,

Que profite ton meurier.

Puis , je veux quon recognoisseLa liesse ,

Que tu donnes à chascun :

Et reçoives lavantageDe tout aage :

Sans en excepter aucun.

Venez, Nymphes doucellettes,

De fleurettes

Il a remply son verger ;

Prenez ses plantes exquises :

Ses devises

Vous apprestent à songer.

Jeunes , vieillards, qui fleurissent,Sy nourrissent,

Et oyent les sons divers

Des oiseaux, qui se marient,

Et folient

Avec le chant de mes vers.

A Olivier de Serres , seigneur duPradel, sur son Théâtre dAgriculture (1).

Les mois , les ans et les saisons ,Couloient, et la terre à grand peineFournissoit les pauvres maisons ,

De quelque substance incertaine.

Le glan , lors matière du pain ,

De lhomme estoit la nourriture :

Et le fruict sauvage, et mal sain,

Du corps détruisoit la nature.

Leau , dont la trop froide liqueurLabbreuvoit, limoneuse et fade,

( 1 ) Cette pièce est la seule des poésies françoisesadressées , dans le temps, à Olivier de Serres , quiparoisse un peu supportable. Sa prose est bien supé-rieure aux vers franjois de ses amis. Les vers latinssont mieux tournés , en général, parce que la languelatine étoit alors plus cultivé®. ( F. D. 2f.)

Glaçant la force de son cœur :

Le rendoit débile et malade.

Lors que la bladière Cérès ,

Joignant lartifice à lutile,

De froment sema les gueretzDe lAtique, et de la Cicile.

Ces grains vaguement espendus ,Cachez parmy lherbe nouvelle,

Cultivés, nous furent rendus ,

Dune substance pure et belle.

Tu formas le soc de tes mains ,Osiris , et toy Triptolême ;

Inventé pour fendre les rainsDe la terre grasse quon sème.

Lun à lEgypte le donna,

Lautre en feit présent à la Grèce ,

Et chacun des deux ordonnaTout ce dont la terre on engresse.

Aussi furent-ils immortels ,

Dieux , dont linvention fécondeLeur feit ériger des autelzEt des temples par tout le monde.

Après ce bon père Denys,

Roi de Naxe , rouge Lenée,

Aux sarmens de sève garnis ,

Feit pendre la grappe envinée.

Cultivant le sep endormyDu lambruchon, verd et sauvage,

Pour en tirer ce franc-amyQui nous eschauffe le courage.

Joyeux, aime, gay, LesbienDeux fois, pour mieux faire vivre,

Ce fut toy qui nous feis ce bien,

Dont le suc doucement enyvre.

Nouveau, chaquan, tu nous viens voir ,Pendant au pampre de noz treilles,

Et plus viel, nous fais concevoir,

Des oracles et des merveilles.

Delà ton immortalitéGrand Dieu , cerna toute la terre ,

Et ta forte divinité

Les Indes domta par la guerre.