POÉSIES.
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Je te veux donner encore ,
Qui décore
Ton front, c’est un beau laurier :
Avec un habit de soye ,
Et qu’on voye ,
Que profite ton meurier.
Puis , je veux qu’on recognoisseLa liesse ,
Que tu donnes à chascun :
Et reçoives l’avantageDe tout aage :
Sans en excepter aucun.
Venez, Nymphes doucellettes,
De fleurettes
Il a remply son verger ;
Prenez ses plantes exquises :
Ses devises
Vous apprestent à songer.
Jeunes , vieillards, qui fleurissent,S’y nourrissent,
Et oyent les sons divers
Des oiseaux, qui se marient,
Et folient
Avec le chant de mes vers.
Les mois , les ans et les saisons ,Couloient, et la terre à grand peineFournissoit les pauvres maisons ,
De quelque substance incertaine.
Le glan , lors matière du pain ,
De l’homme estoit la nourriture :
Et le fruict sauvage, et mal sain,
Du corps détruisoit la nature.
L’eau , dont la trop froide liqueurL’abbreuvoit, limoneuse et fade,
( 1 ) Cette pièce est la seule des poésies françoisesadressées , dans le temps, à Olivier de Serres , quiparoisse un peu supportable. Sa prose est bien supé-rieure aux vers franjois de ses amis. Les vers latinssont mieux tournés , en général, parce que la languelatine étoit alors plus cultivé®. ( F. D. 2f.)
Glaçant la force de son cœur :
Le rendoit débile et malade.
Lors que la bladière Cérès ,
Joignant l’artifice à l’utile,
De froment sema les gueretzDe l’Atique, et de la Cicile.
Ces grains vaguement espendus ,Cachez parmy l’herbe nouvelle,
Cultivés, nous furent rendus ,
D’une substance pure et belle.
Tu formas le soc de tes mains ,Osiris , et toy Triptolême ;
Inventé pour fendre les rainsDe la terre grasse qu’on sème.
L’autre en feit présent à la Grèce ,
Et chacun des deux ordonnaTout ce dont la terre on engresse.
Aussi furent-ils immortels ,
Dieux , dont l’invention fécondeLeur feit ériger des autelzEt des temples par tout le monde.
Après ce bon père Denys,
Roi de Naxe , rouge Lenée,
Aux sarmens de sève garnis ,
Feit pendre la grappe envinée.
Cultivant le sep endormyDu lambruchon, verd et sauvage,
Pour en tirer ce franc-amyQui nous eschauffe le courage.
Joyeux, aime, gay, LesbienDeux fois né, pour mieux faire vivre,
Ce fut toy qui nous feis ce bien,
Dont le suc doucement enyvre.
Nouveau, chaqu’an, tu nous viens voir ,Pendant au pampre de noz treilles,
Et plus viel, nous fais concevoir,
Des oracles et des merveilles.
Delà ton immortalitéGrand Dieu , cerna toute la terre ,
Et ta forte divinité
Les Indes domta par la guerre.