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POÉSIES.
Par toy, fils du Cyrénéan ,
Sage et prévoiant Aristée ,
Qui trouvas le miel liybléan ,
La ruche à miel fut inventée.
Tu feis que le laict dégoûtant,Servit d’une manne au mesnage ,
Qu’il devint beurre , en le batantEt qu’on l’espessit en fromage.
Pour ce, mis au nombre des Dieux ,Comme fut la belle Pomone ,
Donnant ses fruicts délicieux ,
Au lieu de ceux-là de Dodone .
Minerve cultiva ta plante,
Et te feit geindre , sous le faizDu pressoir , douce découlante.
Minerve, la mère des arts ,
Et des tissures l’inventrice :
Déesse à qui de toutes parts ,
Le monde faisoit sacrifice.
Mais durant tant de bons parreins ,Nourriciers de plantes nouvelles,
La terre cachoit en ses reinsDes choses encore plus belles ,
Que le temps couvoit à loisirPour les esclorre avecque Page ,Quand la Nature à son plaisirNous en voudroit donner l’usage.
Pour ce faire , elle qui conçeutTant d’hommes , d’une ame polie,Feit que duPradel en receutUne cognoissance accomplie.
Du Pradee, qui joignant à l’artUne prévoyance incroyable,
Meit tous les mesnagers à part,
Pour sur tous se rendre admirable :
Admirable , d’autant qu’il aTout seul leur art et leur science,
Et a beaucoup plus que cela ,
Une inventrice cognoissance.
Tout ce que peut et ne peut pasLa terre , ou déserte , ou pétrie ,
Se mesure sous le compasDe sa vigilante industrie.
Que si les hommes premiers nezInventeurs de choses si grandes ,Comme Dieux, furent couronnez ,
Et servis de vœux , et d’offrandes,
Combien mérite du PradelP our le parfait de cet ouvrage?
Puis qu’autre n’a rien fait de tel ,
Qui puisse égaller son mesnage ?
Combien luy devons-nous d’honneur,D’amour, de respect, et de gloire ?Puis qu’il a quasi ce bon-heurD’esteindre des Vieux la mémoire ?
Et combien luy doit l’universDe purs et de sacrés services?
Pour tant de beaux secrets diversDignes d’autant de sacrifices ?
Grand œconome de ce temps ,
Tuteur des terres semencées ,
Père nourricier de noz champs ,
Et de noz vignes agencées !
On te peut donner les saincts vœuxQu’on donna jadis à Cybelle,
Qui ne peut rien , si tu ne veux ,
Et peut tout, quand tu la rends telle.
Mère féconde , qui nourritLa populeuse Agénoride,
Par le soin de ton bel espritEt rend nostre France Floride.
D u Pr a d e l , j’admire en cecy ,Ton sçavoir qui nous donne à vivre :
Et tu vis immortel aussi ,
Sur le Théâtre de ton livre.
Théâtre grand et animé ,
De tes discours, qu’on y contemple ,
Qui désormais sera nommé
Ton autel, ta gloire , et ton Temple.
D e s o b T A N.