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Tome I.
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CLXXIV
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POÉSIES.

Par toy, fils du Cyrénéan ,

Sage et prévoiant Aristée ,

Qui trouvas le miel liybléan ,

La ruche à miel fut inventée.

Tu feis que le laict dégoûtant,Servit d’une manne au mesnage ,

Qu’il devint beurre , en le batantEt qu’on l’espessit en fromage.

Pour ce, mis au nombre des Dieux ,Comme fut la belle Pomone ,

Donnant ses fruicts délicieux ,

Au lieu de ceux-là de Dodone .

Olive , symbole de paix ,

Minerve cultiva ta plante,

Et te feit geindre , sous le faizDu pressoir , douce découlante.

Minerve, la mère des arts ,

Et des tissures l’inventrice :

Déesse à qui de toutes parts ,

Le monde faisoit sacrifice.

Mais durant tant de bons parreins ,Nourriciers de plantes nouvelles,

La terre cachoit en ses reinsDes choses encore plus belles ,

Que le temps couvoit à loisirPour les esclorre avecque Page ,Quand la Nature à son plaisirNous en voudroit donner l’usage.

Pour ce faire , elle qui conçeutTant d’hommes , d’une ame polie,Feit que duPradel en receutUne cognoissance accomplie.

Du Pradee, qui joignant à l’artUne prévoyance incroyable,

Meit tous les mesnagers à part,

Pour sur tous se rendre admirable :

Admirable , d’autant qu’il aTout seul leur art et leur science,

Et a beaucoup plus que cela ,

Une inventrice cognoissance.

Tout ce que peut et ne peut pasLa terre , ou déserte , ou pétrie ,

Se mesure sous le compasDe sa vigilante industrie.

Que si les hommes premiers nezInventeurs de choses si grandes ,Comme Dieux, furent couronnez ,

Et servis de vœux , et d’offrandes,

Combien mérite du PradelP our le parfait de cet ouvrage?

Puis qu’autre n’a rien fait de tel ,

Qui puisse égaller son mesnage ?

Combien luy devons-nous d’honneur,D’amour, de respect, et de gloire ?Puis qu’il a quasi ce bon-heurD’esteindre des Vieux la mémoire ?

Et combien luy doit l’universDe purs et de sacrés services?

Pour tant de beaux secrets diversDignes d’autant de sacrifices ?

Grand œconome de ce temps ,

Tuteur des terres semencées ,

Père nourricier de noz champs ,

Et de noz vignes agencées !

On te peut donner les saincts vœuxQu’on donna jadis à Cybelle,

Qui ne peut rien , si tu ne veux ,

Et peut tout, quand tu la rends telle.

Mère féconde , qui nourritLa populeuse Agénoride,

Par le soin de ton bel espritEt rend nostre France Floride.

D u Pr a d e l , j’admire en cecy ,Ton sçavoir qui nous donne à vivre :

Et tu vis immortel aussi ,

Sur le Théâtre de ton livre.

Théâtre grand et animé ,

De tes discours, qu’on y contemple ,

Qui désormais sera nommé

Ton autel, ta gloire , et ton Temple.

D e s o b T A N.