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Tome I.
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CLXXXVII
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PRÉFACE.

mesnage ; etprendre pour la principale devise de nostre maison ceste bellemaxime : sans Dieu rien ne peut profiter. Là dessus nous bastirons nostreAgriculture , l’usage de laquelle nous représenterons ainsi :

« Le mesnager doit sçavoir ce qu’il a à faire, entendre l’ordre et la cous-» tume des lieux oh il vit, et mettre la main à la besongne en la droicte» et opportune saison de chaque labeur champestre . »

Il y en a qui se mocquent de tous les livres d’Agriculture , et nous ren-voyent aux paysans sans lettres , lesquels ils disent estre les seuls jugescompétans de ceste matière, commefondés suri’expérience , seule et seurereigle de cultiver les champs. J’advoue avec eux , que de discourir dumesnage champestre par les livres seulement, sans sçavoir l’usage parti-culier des lieux, c’est bastir en l’aer, et se morfondre par vaines etinutiles imaginations. J’entends assés qu’on apprend des bons et expertslaboureurs, le moyen de bien cultiver la terre: mais ceux qui nousrenvoyent à eux seuls, me confesseront-ils pas , qu’entre les plus expéri-mentés , il y a divers jugemens ? et que leur expérience ne peut estrebonne sans raison ? Aura-on plustost recei'ché tous les cerveaux despaysans, et accordé leurs opinions , non seidement différentes , mais biensouvent contraires, que de lire en un livre, la raison joincteavec la pratique,pourl’appliquer avec jugement, selon le suject, par l’aide et addresse delàscience et de l’usage recueillis en un ? Ceste mesme raison sert-elle pas delivre au paysan? Certes pour bien faire quelque chose, il la faut bienentendre premièrement. Il couste trop cher de refaire une besongne malfaicte , et sur tout en l’Agriculture , en laquelle on ne peut perdre lessaisons sans grand dommage. Or qui se fe à une générale expérience ,au seul rapport des laboureurs, sans sçavoir pourquoi , il est en dangerde faire des fautes mal-réparables, et s’esgarer souvent à travers champs ,sous le crédit de ses incertaines expériences : comme font les empiriques ,lesquels alléguans de mesme l’expérience , prennent souventes-fois letalon pour le cerveau , se servans d’une mesme emplastre à toutes mala-dies. Et qui ne void que l’expérience des laboureurs non-lettrés , estgrandement aidée par la raison des doctes escrivains d’Agriculture ?

Mais à quoi sert, dira quelqu’un, de recercher aux livres, ce quevouspouvés treuver chés vous par vostre sens commun , ou chés vostremettayer, parla mesme addresse naturelle ? Pareille conclusionpourroit-onfaire de toutes les sciences qu’on appelle libérales : car les semences et