Band 
Tome I.
Seite
37
JPEG-Download
 

DU THEATRE D’ AGRICULTURE.

3 7

Mais puis que la nécessité nous contraintde nous servir de telle sorte de gens, nousen choisirons des moins vicieux pour nosaffaires : et buvans ce calice , dirons avecle commun ,

Qu’avec putains et larronsConvient taire nos moissons.

Le doux traictement, le bien-payer, le

Moyens pour ' 1 * *

se/air* bun non-courrouce** .u bon visage aux servi-i«r.r. teurs, sor .ioses humaines et fort aiséesà l'in _,ne débonnaire ; mais indifférem-’ mt employées, beaucoup préjudiciablesà son service , pour le mauvais naturel deses gens. Dont le père-de-familleest con-traint mesler en ses commandemens ,beaucoup de rigueur avec la douceur, fei-gnant souventes-fois, pour le bien de scsaffaires, d’estre encholère contre ses ser-viteurs, estant ce un bon moyen pour lestenir en office, pourveu qu’ils n’ayent oc-casion de se plaindre touchant le paye-ment. Comme la trop grande bonté d’unpersonnage est estimée, fadèse ainsi sontmoqués des mercenaires, les commande-mens , qui pour trop de douceur, res-semblent aux prières. Se recognoissantpar expérience , ceux clievir mieux deleurs serviteurs et manoeuvres, qui moinssupportent leurs fautes : et que la lie dupeuple obéit mieux par force , que pardouceur : ce qui a faict dire à plusieurs ,

Oignes vilain , il vous poindra:

Poignes vilain , il vous oindra.

Tant est lanaturede l’ignorance contraireà la vertu. D’où avicnt communément queles paysans sont mieux servis en leurslabourages, que les honorables mesna-gers : aimans les mercenaires tous-joursmieux les paysans, leurs semblables ,que tout autre, quoi-que mal nourris etentretenus chéseux, puis-que c’est de l’or-

dinaire de leurs maistres et à leur table,qu’ilsvivent.

Il eschoit en ceste partie de mesnage,grande dextérité, voire estime-je le plusfascheux de la rustication, que de se fairebien servir : sans laquelle difficulté , laculture des champs seroit la plus plaisantechose du monde, et par manière de parler,telle vie approcherait de celle des anges,si on pouvoit recouvrer des gens à cela pro-pres et affectionnés comme il appartient.

V oilà pourquoi est tant recommandé lebon et fidèle serviteur. Et de faict celuiqui en a de tels, les doit aimer, pour lescommodités qu’il tire de leur loyal service.Mais aussi, qu’il se prenne bien garde dudire de Salomon, qui mignarde son ser-viteur dès sa jeunesse, à la par-jîti ilsera comme fils ; où il ajouste, que c’estchose non - seulement dangereuse , ainsmonstrueuse, que la présomption du ser-viteur et de la chambrière 5 disant, enpropres mots , que la terre se trouble ,quand le serviteur règne : et quand laservajitc hérite à la maislresse. Ces ad-monitions nous serviront, à ce que ne gas-tions nos serviteurs par trop de douceur,et pour ne les flater que bien à-propos :car puis que telles gens ne sont guières ca-pables de raison, il leur semble que les fa-miliarisant et leur monslrantcontinuelle-ment bon visage, ils méritent encores plus,si qu’à la longue se rendans insolents ,abusent de vostre bonté jusques-là, quepar mespris , cuident que ne vous pouvéspasser d’eux.

Des bons serviteurs vous vous serviras,autant que telle bonne humeur leur du-rera , et non davantage : leur donnantcongé , lors qu’ils se seront destraqués deleur devoir par orgueil, ou que par re-

La difficultéqu’il y a pourestre bienservi.

Des bonsserviteurs.