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PREMIER LIEU
telle différence ; l’on ne sçait que res-pondre sur ceci, que les jardiniers d’A-vignon et ceux de Nismes, quoi-que sousmesme climat, ne sont d’accord en toutpar-ensemble : faisans heureusement lesuns en une lune, ce que de mesme lesautres font en une autre. En France , lessarmens à planter la vigne sont cueillis enla nouvelle lune, et presques par toutailleurs , en la vieille. Plusieurs , 2 )our la-réserve des chairs salées, entuentlesbestesau croissant, et infini nombre d’autres audécours. Les uns tiennent la nouvelle lunepropre pour tailler la nouvelle vigne , etles autres la vieille. Jusques ici tous les en-teurs d’arbres ont tenu comme cabale, lesgreffes en devoir estre cueillis au décoursde la lune , croyans qu’autant d’annéestardoient à porter fruict, qu’il restoit dejours de la lune, lors qu’on les cueilloit :mais l'expérience a apprins cela estre tous-jours bon , moyennant le beau-temps.ju, q urs où Ainsi, en somme, est-il de tous autresvngerendoit affaires du mesnage , ausquels le prudentagricole pourvoirra par son bon sens, se-lon les circonstances. Car à quoi aussi tour-menter son esprit, pour se précipiter enl’abysme de curiosité, puis que seulementen se laissant aller au courant des accous-tumances, il faict ses affaires ? Là donquess’aireslera-il, comme a esté dict, plustostqu’à autres adresses ayans apparence deraison , laquelle souventes-fois ès actionshumaines, est desmentie par l’expérience.En quoi se manif este l’ignorance de l’hom-me , qui depuis sa création n’a peu ap-prendre en spécial pour son particulierusage , ce dont en général il triomphe dediscourir. C’est aussi le commun dire ,
Que l’homme estant par trop lunicr,De fïuicts ne remplit son panier.
Il est vrai qu’il y a des choses sur les- A ‘ is r,rtu
t J touchant ln
quellesil semble que par commun consen-ternent , arrest ait esté donné , quant àl’observation du poinct de la lune, ce queje ne voudrois enfraindre. La couppe dubois pour bastiment et meubles , est or-donnée estre faite en décours de lune , depeur de vermolissure : mal qu’on ne crainten celui qui est destiné à tremper conti-nuellement dans l’eau, comme en mou-lins , ponts et semblables ouvrages (29),pour lesquels bois coupper on ne regardela lune. Puis que nos ancestres l’ont ainsivoulu, et que nous le pratiquons heureu-sement , nous ne devons, par singularité,mettre en hazarcl la durée de nos édifices.
En ce rang est le moudre des blés pourla garde des farines, qui est meilleure(comme aussi le pain qui en provient moinssujetàmoisir) la provision en estant faicteen décours , qu’en croissant. Les vigneslanguissantes sont secourues par la taillede la nouvelle lune : et par celle de lavieille, est rabatu l’orgueil de celles quise jettent trop en bois.
Non plus aisé est-il de remarquer exac- Dà„ rs „
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tement les changemens des temps , pour des change -les prévenir, estans leurs adresses très-incertaines , mesme (selon le dire desvieilles gens de ce siècle) les signes chan-gés. Columelle aussi remarque telles mu-tations avenir par succession de temps aautre. Ici un recoin demontaigne, arrestele broüillas , là le donne : ici le bruit d’untorrent, présage de la pluie estre près ,là le soufflement des vents. On remarquequ’ès quartiers de Tholoze, le vent demidi dessèche le terroir, et celui de sep-tentrion, leur donne la pluie. Au con-traire , despuis Narbonne jusques à Lion ,par toute la Provence et le Dauphiné,