DU THEATRE D’AGRICULTURE.
pour la conformité de leur nature en gou-vernement et rapport , en nulle autrechose dissemblables qu’en la couleur ,n’estant si haute , c’est l 'aufegue , ainsiappelle par d’aucuns et par d’autres , laseissete. Le siligo , ou blaticé de Co-lumelle se peut rapporter au gros blé-blanc qui a l’espi quarré, fort estimé pourson bon rapport, semé en bonne et grasseterre. Une espèce de froment y a-il dis-cordante des autres au temps du semer ;car elle se met en terre au printempsTmiie. comme les orges. C’est le barbu-marséde Columelle , dict l’ escourgeon y desSavoisiens, primavo , et des Piedmon-tois, marzol. Les Italiens,Piedmontois,ceux de Languedoc et de la Provence ,s’accordent à ce mot, tozelle , qui est unfroment-raz , prisé par sur tout autrepour sa délicatesse à faire pain, et aussipour son facile accroist ; mis en terre demoyenne bonté, ne craignant par trop lemauvais temps. Columelle faict deux es-pèces de froment-raz, préférant le plusgros ayant l’espi quarré , à l’autre. Lebouchardk sa couleur brune et à son espigros, se peut facilement remarquer : ilfaict bonne fin, fructifiant autant que nulautre , mis en terre grasse et bien cul-tivée. Or comme nous ne recognoissonsen ce temps-ci, les autres noms des An-ciens , ainsi les nostres d’aujourd’hui nepeuvent estre receus par-tout. Dequoi nese souciera pourtant nostre mesnager,gardant telle curiosité à la recerclie dunaturel de ses semences et de ses terres,selon leurs diversités, pour les assortirensemble : à ce que par telle correspon-dance et le blé et le fonds , facent leurdevoir, pour remplir ses greniers parleur abondance.
Une autre espèce de froment y a-il degrande valeur. Elle produit un grand espiplat, de chacun costé duquel sortent troisou quatre petits espis avec leur queuecourte, faisans ensemble comme un grosbouquet porté par un seul tronc. Maispour sa rareté le mesnager n’en peut faireestât certain, bien que désirable pour songrand rapport. Ce froment a rendu chezmoi quarante pour un, semé dans un jar-din : et employé en terre commune,douze à quinze. Quant à son service ilfaict le pain très-bon et fort savoureux,mais non si blanc comme l’autre blé : par-ce qu’ayant la pelure de grain (qui estassez gros ) fort déliée difficilement sepeut-il moudre grossièrement, comme estrequis pour faire que le pain soit bienblanc, ains se convertit presque tout en fa-
tel deffaut reve-
nne, avec peu
commodité du
de son,
nant néantmoins à 1mesnage (3p).
L’espeautre dite des Grecs zeia , et desLatins zea , ou semen , est une espèce defroment : le grain de laquelle esbourré etdespouillé de ses pellicules, demeure par-après des plus délicats fiomens , très-propre à faire pain blanc et friand. Maisd’autant qu’en cela n’y a du profit, nerendant que fort peu de farine , pour l’a-bondance du son qu’elle faict estant mou-lue ou jællée , cause qu’en ce royaumemaintenant telle sorte de blé n’est beau-coup prisée : au contraire du temps passéen Italie , où par les anciens Romainsl’espeautre estoit mise au premier rangdes blés , par singularité l’appellans se-mence, comme j’ai dict. Mesme Hésiodea donné le titre principal à la terre pro-duisant l’espeautre, la nommant, zei-doros aroura, qu’aucuns ont interprêté,
Espeftutre.